Améliorer le traitement des camionneurs atteints de SSPT

Il y a environ deux ans, Kareen Lapointe faisait ses premières sorties publiques pour tenter de susciter l’intérêt des intervenants de l’industrie du transport routier de marchandises au Québec par rapport au syndrome de stress post traumatique (SSPT) qui peut affliger des chauffeurs de camion. C’est une problématique avec laquelle Kareen Lapointe devait, à l’époque, vivre chaque jour alors que son mari, conducteur professionnel, en était victime au point où il ne pouvait plus retourner derrière le volant d’un poids lourd.

Après la publication d’un article sur elle et sa situation dans L’Écho du transport, les appuis ont fusé de toutes parts alors qu’elle venait de dévoiler au grand jour une situation affectant un grand nombre de chauffeurs et leurs familles. Depuis ce temps et beaucoup grâce aux témoignages d’épouses et d’enfants vivant des problématiques similaires, Kareen Lapointe a décidé de trouver des solutions pouvant apporter de l’aide et du réconfort à toutes les personnes qui ont à vivre avec quelqu’un de leur entourage victime d’un SSPT après un accident, une collision ou tout autre événement traumatique au volant de leur camion.

C’est ainsi qu’avec l’aide de collaborateurs, elle a mis sur pied SSPT, un organisme qui vient en aide aux camionneurs atteints d’un syndrome de stress post traumatique. Et le 24 mai dernier, Kareen Lapointe annonçait que tous ses efforts n’étaient pas en vain : « Nous sommes heureux et fiers d’annoncer que SSPT chez les camionneurs reçoit une aide financière de la part du ministère des Transports, de la Mobilité durable et de l’électrification des transports(MTMDET), dans le cadre du Programme d’aide financière du Fonds de la sécurité routière, au montant de $157,200. »

Cet aide servira à réaliser un projet de recherche permettant de prévenir le syndrome de stress post traumatique chez les camionneurs suite à un accident grave. Le tout sera réalisé avec l’aide de Cécile Bardon, professeure au département de psychologie de l’UQAM et d’Yves de Repentigny, du groupe de psychoéducateurs J P Robin. Le projet en question est financé à 80% par le MTMDET alors qu’il incombe à SSPT chez les camionneurs de trouver le 20% manquant afin de démarrer l’étude. « Nous sommes à la recherche de partenaires privés qui s’impliqueront dans cette aventure qui aura certainement un effet positif sur la santé des camionneurs et la sécurité routière », de dire Kareen Lapointe. « Le partenariat de tous les intervenants dans ce projet aura un rayonnement provincial et probablement canadien afin d’améliorer le bilan routier et la sécurité de tous. »

Kareen Lapointe et son mari, Patrick Forgues.

Depuis les débuts de son engagement dans une cause qui lui tient à cœur et qui a mené à l’enregistrement de SSPT chez les camionneurs comme organisme sans but lucratif (OSBL) en février 2017, Kareen Lapointe s’évertue à faire du lobbying auprès des entités telles la Société de l’assurance automobile du Québec (SAAQ) et le MTMDET. Elle voulait ainsi faire comprendre à tous les intervenants qu’il y a un réel problème pour lequel il n’y a pas de solutions miracles et que les employeurs, dans le cas présent des transporteurs, n’avaient pas les outils en main pour leur suggérer des façons de réagir. Souvent ces derniers, sans ressources vers lesquelles se retourner, renvoyaient sur la route des chauffeurs qui n’avaient pas vraiment à tête à l’ouvrage.

Kareen Lapointe et ses collaborateurs ont aussi réussi au cours des derniers mois à référer une centaine de camionneurs pouvant être atteint de SSPT vers les bonnes ressources dans leur région respective, tout en s’assurant que les coûts de ces services sont couverts par la Commission des normes, de l’équité, de la santé et sécurité au travail (CNESST) ou encore la SAAQ. « Il faut que les chauffeurs qui pensent souffrir de SSPT passent une première évaluation et une ventilation des événements. Ensuite une psychoéducateur bénévole prendre deux à trois semaines afin de bien évaluer le chauffeur », explique madame Lapointe. « Le temps est important et il est difficile d’accélérer le temps d’approbation sans modifier le protocole. »

Les camionneurs retournant au travail trop rapidement causent souvent plus de problèmes que la majorité de leurs collègues. Il est même possible que les symptômes persistent deux ou trois ans après l’événement déclencheur, surtout s’ils n’ont pas reçu la thérapie au bon moment. Les cas refusés sont plutôt rares et souvent les victimes souffriront d’une dépression. Les efforts de Kareen Lapointe et SSPT chez les camionneurs visent aussi à informer, voir même éduquer, les médecins et les agents de la CNESST sur les effets du SSPT chez les chauffeurs de camion.

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