Andy Transport – Un succès inspirant

Arrivé de Roumanie en 2001 avec à peine 10 000$ en poche, Ilie Crisan est aujourd’hui à la tête d’une des dix plus grandes flottes du Québec. Ce succès, il le doit à sa détermination, son grand sens des affaires, son tempérament de bâtisseur, mais aussi à sa fille, Andreea, qui l’a appuyé depuis les tout débuts.

Ilie Crisan avait 22 ans au moment de l’éclatement de l’URSS en 1989, lorsque la Roumanie a retrouvé son indépendance et ouvert ses frontières. La fin de l’ère communiste permet enfin à ce passionné de voyages de sortir du pays, en tant que chauffeur d’autobus. Pendant environ dix ans, il sillonne les routes d’Europe, d’abord comme chauffeur pour une équipe de football, puis pour une compagnie allemande.

C’est en janvier 2000 qu’il entreprend les démarches pour immigrer au Canada. Un an plus tard, le 15 janvier 2001, Ilie Crisan arrive au pays avec son épouse et sa fille Andreea, âgée de 10 ans.

« Ils m’ont dit qu’on venait ici en vacances », dit cette dernière en riant.

« Nous n’avons rien vendu en Roumanie », se souvient Ilie Crisan. « Nous avons mis des choses dans nos valises en se disant que si on aimait, on resterait, et que sinon, on reviendrait. Nous sommes restés ! »

À peine un mois plus tard, Ilie a en main son permis de conduire de classe 1. Mais la recherche d’emploi est difficile pour ce chauffeur d’autobus qui ne maitrise ni le français ni l’anglais à son arrivée.

« À cause de la barrière de la langue, je ne pouvais pas travailler sur les autobus. Je me suis donc tourné vers le seul choix possible : les camions. J’ai bien dû postuler auprès de 50 compagnies. Andreea m’accompagnait aux ressources humaines pour traduire pour moi. Les gens étaient bien gentils, mais personne ne me rappelait. »

Mais il en fallait plus pour le décourager. À la suggestion de compatriotes roumains qui travaillaient comme voituriers indépendants chez Highland Transport, il rencontre Richard Gauthier, qui lui dit que sans expérience, il ne peut l’embaucher.

« Je lui ai demandé : et si je m’achète un camion et que je viens travailler comme voiturier indépendant, vous allez m’embaucher ? Je crois qu’il pensait que je blaguais. Il m’a dit : Ok, si tu t’achètes un camion, je t’engage. »

Ilie Crisan est fou de joie en sortant de cette rencontre. Il ramasse le peu qui lui reste d’argent, et fait l’acquisition de son premier camion, un vieux White GMC, qui n’était absolument pas construit pour le transport autoroutier. Mais il avait son camion, et son premier contrat de voiturier en main, il prend la route en juillet 2001 pour son premier voyage, vers la Caroline du Nord.

De « broker » à transporteur

Ilie Crisan est heureux sur la route, mais son ambition le pousse rapidement à aller plus loin qu’un seul camion.

« J’aime bâtir, créer de l’emploi pour les autres », nous dit celui qui emploie aujourd’hui plus de 450 personnes. « Lorsque j’ai commencé à travailler pour la compagnie d’autobus allemande, elle n’avait qu’un seul autobus. J’ai expliqué au propriétaire qu’on pouvait en avoir bien plus. J’ai formé les chauffeurs, et trois ans plus tard, la compagnie avait 12 autobus et employait 32 chauffeurs. »

Quelques mois après avoir commencé à travailler, Ilie Crisan rencontre un homme qui vit une situation semblable à la sienne. Récemment immigré, sans expérience, il n’arrive pas à se trouver d’emploi.

« Je comprenais ce qu’il vivait. Je lui ai montré comment travailler, et je lui ai fourni un camion. D’autres chauffeurs venant de Roumanie ou d’ailleurs en Europe sont venus me voir pour travailler avec moi. »

Entre 2001 et 2008, Ilie Crisan fait l’acquisition de 16 camions et fournit du travail à une trentaine de chauffeurs, tous attitrés auprès du même donneur d’ouvrage. C’est à cette époque que la jeune Andreea, à peine âgée de 12 ans, commence à s’impliquer dans l’entreprise familiale.

« Au début, je m’occupais de faire les paies pour les chauffeurs, après l’école et les week-ends. Puis, quand c’est devenu une véritable entreprise, je passais mes fins de semaine à nettoyer les bureaux, préparer les documents pour les douanes, classer les fiches journalières des chauffeurs, un peu tout ce qui devait être fait. »

Mais en 2008, avec l’arrivée de la récession, Ilie Crisan reçoit un préavis lui indiquant que ses services (et ceux de ses 16 camions et 30 chauffeurs) ne seraient plus requis.

« Nous n’avions absolument pas planifié nous retrouver dans cette situation. Je crois que si nous n’avions pas reçu cet avis de fin de contrat, nous serions encore un simple voiturier indépendant. »

Placé devant le choix de mettre fin à l’aventure ou d’aller de l’avant, Ilie et Andreea Crisan décident de prendre les moyens pour que tous continuent à travailler.

« Nous avons divisé le travail. Nous avons gardé cinq camions sur la route, et les chauffeurs faisaient une rotation. Les autres camions restaient stationnés. J’ai acheté cinq remorques et nous avons commencé à trouver des voyages. Graduellement, lorsque nous en avions les moyens, nous avons remis les camions sur la route. Deux ans plus tard, tous nos camions étaient au travail. Et c’est là qu’Andy Transport est véritablement né. »

Une croissance continue

De 2010 à 2012, Andy Transport connaît une bonne croissance et passe de 15 à 60 camions. Durant cette période, Andreea Crisan fait ses études en droit à l’Université d’Ottawa, tout en continuant de s’impliquer dans l’entreprise familiale. Tout aussi dynamique et compétitive que son père, Andreea obtient d’excellents résultats et fait notamment des stages auprès d’un juge de la cour criminelle à New York et dans un cabinet privé à Shanghai en Chine.

« Après mes deux stages, j’ai longuement réfléchi et j’ai décidé que l’entreprise familiale m’appelait plus qu’une carrière en droit. Si je n’avais pas été impliquée dans l’entreprise depuis le début, j’aurais peut-être choisi de poursuivre ma carrière en droit. Mais quand j’ai comparé les deux, j’ai choisi l’entreprise familiale. »

La famille Crisan ©Sonya Messier

L’arrivée d’Andreea à plein temps dans l’entreprise marque une autre étape importante pour Andy Transport.

« Nous avons pris conscience que nous devions changer notre vision », explique Ilie Crisan. « Où voulions-nous aller ? Nous ne nous sommes fixé aucune limite. »

« Mon père aime les défis », poursuit Andreea. « Il est très compétitif, il aime gagner. Il est un peu comme un athlète qui a trouvé une recette gagnante, et qui veut battre son record chaque jour. »

Et des records, Andy Transport les accumule. Aujourd’hui, l’entreprise compte plus de 450 employés, et possède une flotte de 350 tracteurs et plus de 730 remorques, des installations à Salaberry-de-Valleyfield, Ville Saint-Laurent, Boucherville, Oshawa et Mississauga en Ontario. Et d’autres projets d’expansion sont sur la table. L’entreprise s’est classée durant quatre années consécutives parmi les 500 sociétés à plus forte croissance au Canada (PROFIT 500) de 2014 à 2017, avec une croissance de 324% entre 2011 et 2016. Elle compte aussi parmi les 10 plus grandes flottes du Québec.

Un milieu de travail à l’image du fondateur

Sur le plan des ressources humaines, la recette de la direction d’Andy Transport est simple: s’entourer de gens compétents, les motiver et leur faire confiance.

« Mon travail, c’est de trouver les bonnes personnes pour faire le travail », nous dit Ilie Crisan.  « À un certain point, on doit déléguer. Et vous devez vous entourer des bonnes personnes. J’ai tellement confiance en mon équipe. Je suis convaincu que si je partais durant un an, rien ne changerait. J’ai la meilleure équipe que je pourrais avoir. Et ça me rend heureux, car la plupart ont commencé leur carrière ici. »

En entrant dans les bureaux d’Andy Transport à Ville Saint-Laurent, une chose saute aux yeux : l’environnement de travail est ouvert, accueillant, jeune et respectueux. Pas de cris dans cette salle de répartiteurs.

La moyenne d’âge : 35 ans. La philosophie des ressources humaines : accueillir et intégrer des jeunes en début de carrière, et assurer la croissance de leur carrière en favorisant les promotions à l’interne.

Un milieu multiculturel, aussi. Bien entendu, Ilie Crisan s’est entouré de compatriotes roumains et ouvre la porte à ceux et celles qui, comme lui, sont à la recherche d’emploi dans un nouveau pays d’accueil. Mais ça n’exclut absolument pas la présence de Québécois d’origine à tous les niveaux dans l’entreprise, que ce soit au volant, dans les ateliers ou dans les bureaux.

« Notre équipe est jeune, dynamique, et provient de différentes cultures, avec une expérience de différents endroits dans le monde. »

Le taux de roulement des chauffeurs ? Très faible, nous dit Andreea Crisan.

« Lorsque vous arrivez du côté de l’entrée des chauffeurs ici, à Ville Saint-Laurent, la première chose que les chauffeurs voient, c’est le bureau ouvert que je partage avec mon père, le directeur des finances et le contrôleur. À tout moment, ils peuvent voir ce que fait la haute direction de l’entreprise. Difficile d’être plus transparent que ça. »

Tous les gens à l’interne savent ce que c’est que d’être chauffeur de camion. Et alors que partout dans l’industrie on parle de pénurie de chauffeurs, chez Andy Transport, aucun camion de stationné par manque de chauffeur. La clé ? Le respect, selon Ilie Crisan.

« Nous traitons les chauffeurs comme ils méritent d’être traités. Pas de petite fenêtre où les chauffeurs sont isolés des répartiteurs, personne ne dit aux chauffeurs de retourner et attendre dans le camion. On ne peut pas traiter les gens comme ça. »

Fidèle en affaire

Ilie Crisan a adopté depuis ses débuts une philosophie qui place la fidélité en affaires parmi les valeurs fondamentales de l’entreprise. Fidélité à l’endroit des employés, mais aussi fidélité auprès de ses fournisseurs.

En 2010, alors que l’entreprise connaît sa première poussée de croissance, l’homme d’affaires fait l’achat de ses premiers camions Volvo.

« Volvo venait tout juste de lancer la transmission automatisée iShift. J’ai rencontré un représentant des ventes Volvo, et j’ai fait l’essai du camion et de la nouvelle transmission. Après quelques kilomètres seulement, je suis revenu, et je lui ai dit : Ça, c’est l’avenir du camionnage. »

Le principe d’intégration verticale dont Volvo fut le premier instigateur en Amérique du Nord, avec toutes les composantes principales de marque Volvo, a aussi séduit Ilie Crisan.

« C’est un peu comme en Europe. Le manufacturier prend toute la responsabilité de l’équipement qu’il vous vend. Et en plus, c’est beaucoup plus simple pour l’entretien, puisqu’on n’a qu’une ligne de pièces à garder en inventaire. »

©Sonya Messier

Depuis l’achat du premier Volvo, Andy Transport n’a acheté que cette marque de camions, qui forme près de 100% de sa flotte. Et l’entreprise a été la première au Canada à recevoir les nouveaux VNL760 de Volvo, lancés l’an dernier.

« Tous nos camions ont sensiblement les mêmes spécifications. C’est aussi plus facile pour les chauffeurs. Chez nous, pas de camion-récompense. La moyenne d’âge de nos chauffeurs est de 44 ans. C’est jeune, comparativement à l’ensemble de l’industrie. Ils ne veulent pas d’un gros classique avec un long capot. Ils veulent les plus récentes technologies, comme le Bluetooth, le système d’aide à la conduite VADA. Avec Volvo, nous leur offrons un camion sécuritaire, confortable et bien équipé. 

Alain Delisle, directeur pour l’Est du Canada chez Volvo, est fier de ce partenariat.

« Andy Transport est notre plus gros client cette année chez Volvo Canada, et le sera probablement aussi l’an prochain, puisqu’il a 100 camions en commande chez nous. »

Cette fidélité en affaire se reflète aussi dans l’achat des remorques. Ilie Crisan a choisi le fabricant québécois Manac pour l’ensemble de sa flotte, peu importe le type de remorque. Encore là, l’uniformisation de la flotte était la clé.

Par Claude Boucher

Lisez l’article complet

Voir toutes les nouvelles du transport

Publicité