Benne basculante relevée – L’industrie encore en attente de la norme finale

À deux mois de l’entrée en vigueur prévue de la nouvelle réglementation sur l’avertisseur de benne basculante relevée, l’industrie du camionnage et du vrac n’est toujours pas fixée sur la version finale de cette réglementation. Après la publication en août dernier du projet de règlement, de nombreuses discussions ont eu lieu et plusieurs questions demeurent en suspens.

Le ministère des Transports et la SAAQ travaillent depuis 2015 déjà sur l’approche à adopter pour contrer les risques d’accidents causés par un camion lourd circulant avec une benne basculante relevée. Selon les documents consultés, malgré les amendes prévues pour un camion circulant avec une benne relevée, treize accidents sont survenus entre septembre 2011 et avril 2018, causant blessés, décès, dommages et congestion routière.

Un projet de règlement a été déposé le 29 août 2018 après l’adoption l’an dernier des nouvelles règles du Code de la sécurité routière qui prévoient l’obligation de munir les camions d’un dispositif pour alerter le chauffeur du camion lorsque sa benne est relevée. Or, avec l’élection d’un nouveau gouvernement et la nomination d’un nouveau ministre des Transports à Québec et suite aux discussions qui se sont poursuivies entre l’industrie et les autorités ministérielles, le règlement final n’a toujours pas été adopté.

Gérald Brassard, directeur commercial de LEValerte, l’un des fournisseurs éventuels de dispositifs d’avertissement de benne relevée, estime que la réglementation finale pourrait grandement différer du projet déposé le 29 août.

« Les questions posées par les utilisateurs font en sorte que le règlement va devoir évoluer. Présentement, on est en attente, on ne peut ni fabriquer, ni vendre. Mais notre produit est prêt et si la norme change, on sera prêt aussi. »

Chez Contrôles véhiculaires Protek, on a créé Benne-Alerte, un dispositif à capteur photoélectrique directement branché dans le port de diagnostic des camions, une solution évolutive où tout changement nécessaire peut être facilement fait au niveau de la programmation du logiciel. Le directeur général de Protek, Fadi Joubran, estime que les changements qu’il pourrait y avoir dans la réglementation seront mineurs.

« On sait qu’il peut y avoir des changements d’ici l’adoption finale du règlement. C’est pour cette raison qu’on a choisi de concevoir notre système sur une base logicielle. En cas de changement du règlement, le système pourra être modifié simplement dans le logiciel. Les composantes électroniques n’auront pas à être changées. »

À la SAAQ, nos questions ont été répondues par un courriel pour le moins laconique.

« Concernant l’entrée en vigueur de la mesure, une période est prévue pour permettre aux propriétaires des véhicules concernés de se conformer mais pour le moment, nous ne sommes pas en mesure de donner plus de précisions puisque nous devons obtenir les orientations du ministre, ce qui devrait se faire dans les prochaines semaines. », nous écrit le service de communication de la SAAQ en nous référant au document « Questions et réponses sur les bennes basculantes ».

Un problème simple, des solutions complexes

En apparence, le problème des camions circulant sur la route avec la benne relevée n’est pas compliqué à résoudre. La SAAQ et le MTQ ont prévu dans leur analyse et leur projet de règlement l’obligation d’installer un avertisseur sonore et lumineux qui se déclenche dès que le moteur du camion est en marche, si la benne n’est pas complètement abaissée. Des détails sur l’emplacement et l’intensité du témoin lumineux ainsi que sur la fréquence et la puissance du signal sonore sont prévus au projet de règlement.

Mais si la solution est simple pour les camions porteurs à benne, qu’ils soient de six, dix ou douze roues, c’est loin d’être le cas pour les tracteurs couplés à une remorque à benne basculante. Selon l’Analyse d’impact règlementaire de la SAAQ, l’organisme gouvernemental évalue à 11 000 le nombre de remorques et semi-remorques à benne au Québec et fait l’hypothèse qu’à chaque remorque correspond un tracteur routier. D’une part, la réalité de l’industrie est loin de correspondre à cette hypothèse, puisque bien souvent, un tracteur routier d’une entreprise de construction peut être couplé à une remorque à benne basculante un jour, et le lendemain, sera couplé à un fardier. Il faut donc prévoir un mécanisme ou une fonction pour que l’avertisseur de benne relevée ne s’enclenche pas lorsque la remorque à benne est remplacée par un fardier. Il faut aussi prévoir une façon de désactiver le système lorsque le tracteur circulera sans aucune remorque, en transit.

Par ailleurs, qu’en est-il de la location à court terme de camions tracteurs ? L’absence d’uniformité entre les différentes solutions qui se trouveront sur le marché peut rendre passablement complexe la gestion de flotte dans une telle situation.

Finalement, dans le cas des dispositifs utilisant un capteur photoélectrique couplé à une bande réfléchissante sur la benne, le contact entre ce capteur et la bande réfléchissante peut être coupé lors d’un virage serré, déclenchant l’alarme. La possibilité d’inclure au dispositif un mécanisme qui éteint automatiquement l’avertisseur après deux secondes lorsque la vitesse est de 20 kilomètre à l’heure ou moins peut régler ce problème, mais le système risque néanmoins d’être un irritant sérieux pour les opérateurs. Chez COVEPRO, on a opté pour faire intervenir le signal électronique du clignotant, qui, lorsqu’il est activé, suspend le déclenchement automatique de l’alerte.

Encore là, les fournisseurs de technologies disent être prêts pour les changements qui pourraient être apportés, mais ces questions demeurent non résolues pour l’instant.

« C’est impossible d’inventer un système 100% « fool proof », nous dit Fadi Joubran de Contrôles véhiculaires Protek. « Mais nous avons opté pour une approche qui permet de s’adapter à ces situations. »

Le directeur général de Protek confirme par ailleurs que peu importe le flou règlementaire actuel, l’entreprise fera le lancement officiel de sa technologie en avril, à ExpoCam.

Obligation réglementaire ou bonne pratique d’affaires ?

Quelle que soit la réglementation finale, l’ajout de ces dispositifs permettra idéalement de réduire les risques d’accidents liés aux bennes basculantes relevées sur la route. Nous avons tous vu dans les médias les cas récents de bennes relevées qui ont endommagé un viaduc ou des panneaux de signalisation. Mais ces treize accidents répertoriés durant les sept dernières années ne sont que la pointe de l’iceberg. En effet, Gérald Brassard, directeur commercial de LEValerte, nous confiait en entrevue que ses clients font état d’un bien plus grand nombre d’accidents dans les cours ou les chantiers. Portes de garage défoncées, fils électriques arrachés, les cas d’accidents liés à une benne relevée en mouvement hors du réseau routier sont bien plus nombreux.

L’arrivée de ces dispositifs d’alerte de benne relevée, même avec l’utilisation de la fonction permettant de désactiver l’alerte après deux secondes lorsque le véhicule circule à 20 km/h ou moins, pourrait permettre d’éviter nombre d’accidents qui, en plus d’endommager le camion et/ou la remorque le cas échéant, peuvent causer des blessures graves ou même la mort.

Il est clair que de bonnes pratiques de conduite et d’opération sécuritaires chez les chauffeurs ou opérateurs évitent la survenance de tels accidents. Mais malheureusement, que ce soit par inexpérience, distraction ou par un déclenchement accidentel du mécanisme de levage de la benne, de telles situations peuvent survenir. Et le coût des systèmes présentement sur le point d’être mis en marché n’est pas un frein à l’adoption par l’industrie de cette mesure de sécurité additionnelle.

Est-ce que ces systèmes permettront d’éviter tous les accidents ? Bien sûr que non. Mais lorsqu’on tient compte des coûts humains et financiers d’un accident causé par une benne relevée par inadvertance, l’adage « mieux vaut prévenir que guérir » prend tout son sens.

Crédit photo: Sonya Messier

Par Claude Boucher

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