Congrès de l’ARPAC – Quand le Québec prend le recyclage au sérieux

Le congrès annuel de l’Association des recycleurs de pièces d’autos et de camions du Québec s’est arrêté en septembre 2018 à Lévis. Son hôte, LKQ et son immense site connu sous le nom de Pintendre autos, traite 800 commandes par jour et démantèle cinq poids lourds par semaine, ce qui nécessite 550 livraisons quotidiennes ! Déjà énorme, l’entreprise ajoute un entrepôt d’une valeur de cinq millions de dollars pour répondre à la demande.

Vraiment tout ce qui concerne LKQ Pintendre, situé au 914 du boulevard Kennedy à Lévis, étonne par son gigantisme. La superficie du site représente l’équivalent de 150 terrains de football, où s’affairent 180 employés au sein de quatre divisions : les pièces d’autos similaires neuves, recyclées et réusinées, celles de camions également recyclées, réusinées ou neuves, le libre-service où tous peuvent démonter des pièces selon leurs besoins, ainsi que la vente de véhicules complets. On y traite de manière écologique pas moins de 10 000 véhicules par année, ce qui représente un chiffre d’affaire excédant les 50 millions de dollars.

La multinationale LKQ, pour « Like Kind and Quality » (comme la qualité d’origine), est présente dans 20 pays. Le site de Lévis fait partie de ses 20 plus imposants au monde sur un total dépassant les 570, un rang qu’il conserve entre autres grâce à un investissement de cinq millions pour une bâtisse que l’on achève de construire. De l’extérieur l’édifice d’une hauteur de 40 pieds et ses six portes de chargement étonnent déjà, mais c’est ce qu’on ne voit pas, en dessous de celui-ci, qui surprend le plus : Un réservoir d’eau souterrain équivalant à 25 piscines fournira en cas de sinistre ce qu’il sera nécessaire de pomper pour éteindre un incendie majeur. « La ville et le système d’aqueduc de Lévis ne peuvent nous fournir suffisamment d’eau pour éteindre un incendie important. On a donc exigé que le futur bâtiment soit doté de sa propre réserve, surtout parce qu’il entreposera des pièces neuves emballées de notre marque Keystone, qui peuvent s’enflammer plus facilement que des pièces recyclées dont on a enlevé tous les fluides et qui n’ont pas d’emballage », explique Denis Côté, commis aux pièces et l’un des guides de l’événement.

Report du projet d’usine de déchiquetage des métaux

« Le projet n’est pas terminé, il est simplement mis de côté pour l’instant. Nous conservons l’option d’achat sur le terrain de Bécancour si les choses devaient évoluer d’une façon différente », tient d’abord à préciser Simon Matte, pdg de l’ARPAC. Mais revenons un peu en arrière : en 2013 l’association avait trouvé un site en bordure du fleuve pour y ériger une usine de déchiquetage des métaux. Ce projet de coopérative à but lucratif devait permettre aux membres d’écouler leurs métaux à un prix raisonnable, alors que le manque de concurrence qui sévissait à l’époque ne permettait pas d’obtenir un juste prix pour les matières récupérées. « À ce moment-là, la tonne d’acier valait environ 80 dollars, en comparaison du plafond de 390 dollars qu’on a connu en mai 2018. Depuis l’arrivée d’un nouveau joueur, TMR à Laval (Total Métal Récupération, ndlr), les prix sont beaucoup plus intéressants, ce qui fait qu’il n’est pas nécessaire pour l’instant de développer notre projet d’usine en fonction des conditions actuelles du marché », ajoute-t-il.

Rappelons que les 75 membres de l’ARPAC occupent environ 80% du marché du recyclage des véhicules, ce qui représente quelque 200 000 tonnes de matières récupérées par année. Selon Simon Matte et Pierre Robitaille, le pdg et le président du conseil d’administration, le secteur a beaucoup évolué durant les dernières années : « Il y avait 850 permis de recycleurs au Québec il y a douze ans et il y en a 500 aujourd’hui. Beaucoup de petites cours sont maintenant fermées, il y a eu des acquisitions… Nos défis sont de maintenir la qualité de nos produits, de nos services et d’attirer la relève. »

La menace incendiaire

D’un congrès à l’autre l’ARPAC revient sur le thème de la prévention des incendies. « Le feu représente toujours une grande préoccupation pour nous. Encore en août 2017, avec le sinistre de l’entreprise B. Jutras de Blainville, on se rend compte que ça ne prend qu’une étincelle avec un peu de vapeur d’essence pour que ça parte en fumée. Heureusement, il n’y a pas eu de mort, mais le recycleur doit cesser ses activités puisque plus de 50% du commerce a été rasé », précise Simon Matte.

Steve Labbé, directeur général de LKQ Pintendre, prend la parole aux côtés de Simon Matte, directeur de l’ARPAC, Pierre Robitaille, président, et Nathalie Boivin, membre du conseil d’administration.

Depuis des années, l’association montre à quel point l’essence s’enflamme facilement et démontre comment éteindre adéquatement un feu avec un extincteur spécifique et non avec de l’eau, ce qui empire la situation. « On explique que les primes d’assurance peuvent augmenter davantage que ce qu’il en coûte pour acheter des équipements spécialisés pour retirer et conserver les matières inflammables de façon sécuritaire. On mise beaucoup sur la formation. Par exemple 53 de nos membres comptent au moins un démonteur certifié par site, qui peut ensuite former ses collègues », poursuit M. Matte.

Faire reconnaître l’industrie

Rappelons que la norme professionnelle en démontage de véhicules avait été officialisée au congrès de 2015, après avoir été conçue par des experts de l’industrie dont Michel Robert et Éric St-Pierre de LKQ avec le Comité sectoriel de main-d’oeuvre des services automobiles (CSMO), ainsi que la Commission des partenaires du marché du travail du Québec. Cette reconnaissance publique apporte de nombreux avantages, d’abord en déterminant les caractéristiques et exigences du métier de démonteur de véhicule, en favorisant l’adoption de pratiques efficaces et sécuritaires en diminuant les risques d’incendie, d’accidents et de déversements polluants. Mais également en rendant ce domaine plus intéressant auprès de la population, plus apte à attirer une précieuse main-d’oeuvre. Ajoutons que le CSMO a présenté lors d’une conférence du samedi matin quelques développements, dont une intéressante vidéo sur le métier de livreur de pièces. Ces personnes essentielles à l’industrie automobile sont bien souvent le visage et la voix des entreprises concernées. Leurs aptitudes se doivent d’être aussi techniques qu’humaines.

Une autre façon de faire reconnaître l’industrie consiste à faire entendre sa voix auprès des politiciens, en les rencontrant périodiquement. L’ARPAC souhaite qu’une mesure semblable à celle qui existe en Europe soit mise sur pied : « Nous voudrions, comme en France depuis 2016, que l’on mentionne sur les estimés de réparation des véhicules accidentés, les coûts des pièces neuves ET des recyclées; que les consommateurs soient mieux informés et puissent faire un autre choix, plus écologique, que de prendre des neuves », poursuivent MM. Matte et Robitaille.

Seul LKQ Camion du Canada

Soulignons également que le site de Pintendre est le seul au Canada à posséder la dénomination « LKQ Camion », et ce sur un total de 25 centres d’Amérique du Nord. Parce qu’on y démantèle cinq camions lourds par semaine, qui nécessitent 16 heures de travail chacun, on stocke pas moins de 400 moteurs et 900 transmissions de toutes marques. Avec les pièces neuves également offertes, cela représente 19 000 items de camions facilement disponibles grâce à un système d’inventaire avec code à barres efficace. Le bureau des ventes, dont les employés sont polyglottes, exporte entre autres en Afrique, en Amérique latine et en Russie. On reçoit jusqu’à 3500 appels par jour, traités par 22 vendeurs, dont quatre spécialisés pour les camions lourds.

: L’encan caritatif organisé à tous les ans avec l’aide d’assureurs a permis d’amasser plus de 40 000 dollars, qui sont remis à la Fondation de l’association.

Ajoutons que l’entreprise possède un département de carrosserie, qui répare et remet sur la route 25 camions entiers par année. Des pièces de choix, tel qu’un capot parfaitement reconditionné, vaut jusqu’à 5000 dollars. Et un moteur dont le fonctionnement ainsi que la compression de chacun des cylindres ont été vérifiés peut coûter 24 000 dollars, ce qui représente une économie remarquable pour une composante dont la vie utile est à peine entamée.

L’ARPAC a présenté un événement informatif et pertinent à quelque 200 personnes. Le prochain congrès se tiendra dans les Laurentides du 13 au 15 septembre 2019 à l’Estérel Resort. Entretemps, si vous avez besoin de réparer des camions lourds ou des camionnettes, pensez qu’un des membres de l’ARPAC entrepose probablement déjà les pièces d’origine nécessaires, nettoyées et dont le fonctionnement a été vérifié. Il s’agit d’une décision à la fois économique et bonne pour l’environnement.

Par Frédéric Laporte

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