Congrès Québec Mines + Énergie – La transition commence par l’efficacité énergétique

Dans le cadre du congrès Québec Mines + Énergie 2018, plusieurs experts ont parlé de la nécessaire transition énergétique qui passe par la réduction des émissions de gaz à effet de serre associée aux combustibles fossiles. Dans le contexte des changements climatiques, le premier pas vers cette transition passe par l’efficacité énergétique.

Le 20 novembre, Sophie Brochu, PDG d’Énergir, a parlé des efforts du distributeur gazier pour diversifier ses approvisionnements vers les sources d’énergie renouvelable. La transition est, par définition, le passage d’un état à un autre, explique-t-elle. Peu importe le dictionnaire, ce mouvement est toujours lent et graduel.

« C’est un état intermédiaire et c’est souffrant. On a à la fois le pied sur le quai et dans la chaloupe. La transition, je vous soumets qu’il faut l’accélérer », dit-elle. Il y a un an, en adoptant son nouveau nom et en créant ce néologisme en forme de verbe d’action, le distributeur gazier voulait montrer sa transformation en entreprise de services énergétiques entamée une décennie plus tôt.

Au Vermont, où Énergir est le plus gros distributeur d’électricité, la moitié des revenus de sa filiale est tirée de sources d’énergie renouvelable. « Nous avons voulu être des promoteurs du changement. C’est fatigant, l’être humain n’aime pas le changement », dit-elle.

L’approche d’Énergir se résume en trois étapes, la première étant la réduction de la consommation. Sur ses 200 000 clients au Québec, le distributeur a aidé 125 000 d’entre eux à adopter un plan de réduction de leur consommation.

La deuxième étape est d’augmenter la production énergétique issue de sources renouvelables: éoliennes, panneaux solaires, hydro-électricité, et même le « cow power ». « Au Vermont, les gens paient 0,16 $ le kilowatt-heure (KWh) pour l’électricité. Ils sont prêts à payer plus cher si l’électricité est produite à partir de la transformation des déchets des vaches de leurs voisins. Et ça marche, on manque de fournisseurs », dit-elle.

Sophie Brochu, PDG Énergir

La troisième étape: quand il le faut, le gaz naturel demeure la meilleure option pour remplacer des combustibles fossiles plus polluants (charbon, mazout, etc.) et qui émettent plus de gaz à effet de serre (GES) pour leur production et leur combustion. « On néglige souvent l’effet des particules fines sur le smog et la qualité de l’air dans nos villes », note-t-elle.

Au Québec depuis un an, Énergir injecte dans son réseau le gaz naturel renouvelable (GNR) produit à partir du biométhane tiré des résidus domestiques et agricoles de Saint-Hyacinthe. La municipalité produira 13 millions de mètres cubes de GNR par année à partir des matières organiques, soit l’équivalent de 49 000 tonnes de CO2. En taille, c’est la quatrième ou cinquième plus grosse unité de biométhanisation dans le monde, lance Mme Brochu avec fierté.

On a amélioré les techniques de compression et de liquéfaction du gaz naturel pour le rendre accessible dans des régions où le distributeur ne se rend pas, comme en Côte-Nord. On peut ainsi remplacer des carburants fossiles utilisés dans le transport et alimenter des parcs industriels. Sous sa forme liquéfiée, le GNR peut servir pour le transport. « Pour faire rouler un camion 18 roues sur un kilomètre, ça prend l’équivalent de 266 cœurs de pomme », indique Sophie Brochu.

Hydro-Québec

David Murray, nommé récemment président d’Hydro-Québec Production, travaille pour la société d’État depuis 2015. De nombreux projets résidentiels comportent désormais des panneaux solaires et il faudra en tenir compte, souligne-t-il. Le soutien à l’électrification des transports modifiera la demande.

La demande énergétique au Québec est assez stable, depuis quelques années. Hydro-Québec doit en profiter pour utiliser ses surplus et profiter au maximum des occasions offertes par les marchés, estime M. Murray. Les clients du distributeur deviendront eux-mêmes des producteurs et les échanges seront désormais bidirectionnels.

David Murray note que le moteur électrique développé par TM4 a permis de créer une coentreprise avec Dana, un équipementier du secteur automobile établi en Ohio. Hydro-Québec demeure actionnaire à 45 % de la coentreprise. La transaction a été annoncée le 22 juin 2018.

Voiture à l’hydrogène présentée par Toyota à l’exposition tenue lors du congrès Québec Mines + Énergie.

Hydro-Québec veut participer à l’électrification des transports. On pourra augmenter plus vite l’étendue du réseau de bornes publiques de recharge rapide, soit 1575 de plus en 10 ans, afin d’encourager les Québécois à acquérir des véhicules électriques (VÉ).

Hydro-Québec a récemment installé ses premiers panneaux solaires au Nunavik, dont l’énergie est stockée dans les batteries développées par les chercheurs de l’IREQ. On travaille aussi du côté de l’efficacité énergétique dans les résidences. Un projet de maison intelligente est en cours à Shawinigan et d’autres projets sont menés en domotique avec les universités McGill et Concordia.

Tarification de l’électricité

De son côté, Pierre-Olivier Pineau, titulaire de la Chaire de gestion du secteur de l’énergie à HEC Montréal, prône de revoir la tarification de l’électricité pour réussir la transition énergétique. Il prend l’exemple de l’Italie, qui a réalisé cette révision en 2016. « Si on a pu réussir cela en Italie, avec le scrutin proportionnel et où les gouvernements sont renversés aux six mois, on peut le faire ici », dit-il.

Le Québec dispose d’un énorme potentiel d’efficacité énergétique, estimé par M. Pineau à 30 térawatts-heure (TWh), soit environ 15 % de la consommation actuelle. Si on atteint cela, les revenus d’Hydro-Québec baisseraient d’environ 30 % à cause des incongruités découlant de la structure tarifaire actuelle. « Ça n’a aucun sens d’aller vers l’efficacité énergétique si cela a pour effet de mettre Hydro-Québec en faillite », indique-t-il.

Le professeur Pierre-Olivier Pineau, spécialiste des questions énergétiques à HEC Montréal.

Chez Hydro-Québec, la part des revenus fixes des consommateurs résidentiels équivaut à 10,5 % de ses revenus, mais ses coûts fixes pour cette même classe de clients représentent 58,1 % de ses dépenses. La réforme en Italie a permis d’augmenter la part des revenus fixes du distributeur, sans égard à la consommation d’électricité.

Par ailleurs, M. Pineau souligne que la société d’État devra se préparer à gérer l’augmentation de la pointe du réseau causé par la recharge d’un grand nombre de véhicules électriques. « Il faudra un message de prix disant que si vous branchez l’auto à 18h le soir, ça coûtera plus cher, car c’est la période de pointe », dit-il.

Par Alain Castonguay

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