Déneigement – Crise avortée grâce au forum sur l’avenir du déneigement au printemps 2018

L’été 2018 en est un qu’on se souviendra longtemps. Le mois de juillet a été particulièrement chaud et humide avec une canicule s’étendant sur six jours de la fin juin au début de juillet où la température ressentie avec le facteur humidex surpassait régulièrement le 40° Celsius dans plusieurs régions du Québec. Il s’agissait d’un événement climatique inédit au Québec depuis 1946, donc plus de 70 ans. Les amateurs de plein air et de sports estivaux ont certainement profité pleinement de l’été 2018, les agriculteurs probablement beaucoup moins car la pluie a été beaucoup plus rare.

Il ne faut pas s’emporter, même si par­fois cet été les températures au Qué­bec étaient plus chaudes que dans bien des destinations touristiques du Sud. L’été prendra fin d’ici quelques se­maines et, sans grande surprise, l’hi­ver sera à nos portes. Le Québec ne s’en sauvera pas et le facteur éolien remplacera le facteur humidex… L’hiver est peut-être moins rigoureux que ceux dont les plus âgés comme moi nous parlent souvent, mais il est encore un phénomène annuel chez nous, avec son lot de gels et dégels, de neige et de gadoue, de routes glacées ou ennei­gées et de camions et autres véhicules oubliant parfois l’importance de se dé­neiger complètement…

L’hiver québécois compte encore des grands froids et des périodes de re­doux plus fréquentes ainsi que des tempêtes de neige moins fréquentes que jadis. Mais ces fois plus impor­tantes comme ce fut le cas le prin­temps dernier sur l’autoroute 13 à Montréal, des centaines de véhicules ont été quasiment laissés pour compte sous la tempête pendant plusieurs heures. Les autorités se lançaient la balle pour savoir qui était responsable de ce fâcheux épisode. Était-ce la faute des entreprises de déneigement enga­gées par le ministère des Transports, de la Mobilité durable et de l’Électrifica­tion des transports, de la Ville de Mon­tréal ou de deux camions qui n’ont pas daigné faire appel à des remorqueuses à cause des coûts trop élevés de ces dernières ou encore d’un superviseur ou des politiciens qui auraient fui leurs responsabilités ? Une enquête sur le sujet n’a pas vraiment trouvé de cou­pable en blâmant tous et chacun…

Et s’il faut se fier à un article du quo­tidien La Presse du 7 mai 2018, le MTMDET pourrait se retrouver dans une position encore plus précaire cet hiver alors que plusieurs entreprises de déneigement affirmaient que tran­siger avec le ministère des Transports était si compliqué et si peu rentable qu’elles préféraient ne pas renouve­ler des contrats arrivants à échéance. L’ancien ministre David Whissell, pré­sident d’Uniroc, affirmait : « Le marché du déneigement au Québec est grande­ment malade. Le déneigement se fait à perte pour les entrepreneurs. C’est nous qui finançons le gouvernement, finalement. » Uniroc aurait décidé de ne pas renouveler deux contrats.

« Les jobs sont sous évalués de 15 % à 20 $, ça nous coûte de l’argent pour travailler », ajoutait Benoît Nepveu, directeur du Groupe Nepveu, qui ne renouvellera pas trois contrats pour l’hiver qui vient, selon l’article signé par Isabelle Ducas. La société K.L. Mainville, un des principaux artisans du déneige­ment pour le MTMDET dans la région de Montréal, aurait de son côté décidé de ne pas renouveler un lot de 13 contrats.

La grogne ressentie en ce moment dans le monde du dé­neigement pourrait s’être estompée quelque peu à la suite d’une rencontre sur le sujet le printemps dernier, alors que le MTMDET, l’Association des propriétaires de ma­chinerie lourde du Québec (APMLQ) et l’ACRGTQ (Asso­ciation des constructeurs de routes et grands travaux du Québec) se sont réunis autour d’une table pour discuter des problèmes de l’industrie et des solutions à apporter. « Ce forum sur l’avenir du déneigement du printemps 2018 a fait un grand bien. Il a permis de changer l’air un peu et de remettre tout le monde sur la même longueur d’ondes », explique à ce magazine Olivier Dufour, directeur adjoint de l’APMLQ. « Plusieurs problématiques ont été soulevées et plusieurs idées ont été brassées. Je crois que beaucoup de choses vont changer au cours de la prochaine année et des années subséquentes car nous ne pouvons tout faire d’un seul coup. Tout devrait se replacer et nos membres sont très heureux de voir que ça va bouger dans la bonne direction. »

Ce forum sur l’avenir du déneigement a engendré un plan d’action comprenant diverses mesures pour améliorer les opérations et la communication entre tous les intervenants. Voici quelques-unes des recommandations comprise dans le Plan d’action 2018-2019 par rapport à la communication entre le Mi­nistère et les prestataires de services :

  • Mettre à jour le Plan ministériel de surveillance des travaux d’entretien hivernal.
  • Développer une formation sur les exigences contractuelles pour le personnel du Ministère.
  • Établir un processus de médiation.
  • Développer une formation sur les exigences contractuelles pour les prestataires de services.

Les trois premières recommandations seront effectives avant la saison 2018-2019 alors que la quatrième n’entrera en fonction qu’avant la saison 2019-2020. D’autres recommandations sont incluses dans le volet Mobilisation de l’industrie du Plan d’action 2018-2019 :

  • Analyser l’encadrement légal et réglementaire des véhicules de déneigement.
  • Analyser les améliorations possibles au devis type.
  • Offrir une formation adaptée et spécialisée pour les opérateurs de chasse-neige.
  • Valoriser le métier d’opérateur de chasse-neige.
  • Modifier les façons de faire pour les retours en appel d’offres sans modi­fication au devis.

La première recommandation de ce se­cond volet sera implantée en décembre 2018 alors que les quatre autres re­commandations devraient entrer en vigueur avant la saison 2019-2020. Dans certains cas, l’application des re­commandations est plutôt simple alors qu’il s’agit d’apporter des modifications au plan en place ou encore d’adapter certaines formations aux nouvelles réalités et de partager les contenus avec les associations. Dans d’autres situations, il faut d’abord procéder à un diagnostic de la situation avant d’en arriver à des pistes d’amélioration et leur faisabilité ou encore identifier les pistes possibles avant de mettre en place les bonnes solutions.

Lorsqu’il a tenu son forum sur l’ave­nir du déneigement au Québec, le 6 avril dernier en y conviant l’APMLQ et l’ACRGTQ, afin d’évaluer les façons de faire de chacune des parties et d’améliorer la sécurité sur les routes et la qualité des services offerts en période hivernale, le MTMDET semble avoir visé dans le mille. Des ateliers d’échanges ont permis d’entendre les préoccupations des intervenants du milieu, de prioriser les enjeux soulevés par les participants et de faire ressortir des pistes de solution. À en juger par les résultats et la réaction des partici­pants, le Ministère a également réussi à désamorcer une crise qui semblait s’installer dans le petit monde du dé­neigement au Québec.

Par Guy Hébert

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