Éditorial – Pénurie criante d’employés: Un système entièrement à repenser

Le sujet qui s’est graduellement imposé sans jamais avoir été invité dans nos entreprises, centres de formation, congrès, conversations et médias est celui d’une main-d’oeuvre à la fois rare et dont les compétences sont mises en doute. Le défi est si grand qu’il faudra un remède de cheval; le courage de tout remettre en question, afin d’en venir à bout.

De façon personnelle j’ai entendu parler de cette éventuelle pénurie alors que j’étais étudiant au secondaire, durant les années 1980. On parlait alors de la « pyramide inversée » de la démographie québécoise, où davantage de gens nés durant les décennies 1940 à 1960 allaient un jour prendre leur retraite en masse pour décimer les entreprises. Près de 40 ans plus tard nous avons « les deux pieds dedans », pourrait-on dire.

Mais comment une société relativement riche et éduquée comme le Québec par rapport à d’autres états  n’a pas su éviter ce grave problème, prévu des années à l’avance? Certaines explications se retrouvent sur le site de l’Institut de la statistique du Québec[1], dans le sondage Léger « L’état du Québec sur la fragmentation de l’identité québécoise »[2] et dans le livre « L’état du Québec 2019, 20 clés pour comprendre les enjeux actuels », publié par l’Institut du Nouveau Monde[3].

Le Grand Montréal et ailleurs au Québec

Les différences s’accroissent entre la métropole et le reste du Québec à tous les points de vue. En 2017, les deux régions ayant connu la plus forte hausse des emplois ont été Montréal (+ 38 900) et la Montérégie (+32 300), les autres comme Chaudière-Appalaches et la capitale connaissant un très faible taux de chômage d’environ 4%; une main-d’oeuvre rare. L’institut de la statistique précisait en juillet 2018 que plus de la moitié des emplois créés au Québec depuis 2006 sont le fait de personnes immigrantes. Puisque plus de 85% des immigrants récents choisissent de s’établir dans le Grand Montréal, cela n’aide pas les régions à combler leurs besoins d’employés.

« C’est la faute aux gouvernements et aux médias! »

Les Québécois aiment chercher un coupable et accusent fréquemment les gouvernements et les médias d’être responsables. Hé bien il y a un fond de vérité dans tout ça. Le manque de ressources à intégrer les immigrants ailleurs que dans le Grand Montréal ne peut être ignoré. Du côté des médias des régions il y a trop peu de diversité des points de vue, trop peu de fournisseurs de contenus différents, ce qui concoure à l’appauvrissement du journalisme de qualité au détriment de la montée de chroniqueurs forts en gueule, sexistes, xénophobes, attisant les confrontations. Pas étonnant qu’on assiste, et l’ex-ministre libéral Jean-Marc Fournier s’en inquiétait en janvier dernier, à une polarisation du Québec représentant un « risque pour la démocratie »[4]. Comment, dans ce climat, peut-on espérer que des immigrants s’installent ailleurs que dans la métropole?

On peut bien instaurer des mesures transitoires telles que d’assouplir les règles de l’assurance-emploi pour que des travailleurs saisonniers aient un travail hors-saison sans « perdre leur chômage ». Mais un jour il faudra bien faire en sorte que des immigrants choisissent de s’établir ailleurs que dans la métropole, en acceptant les formations différentes, en acceptant d’autres façons de travailler et d’agir, en acceptant les différences. Non, ce ne sera pas facile, mais le Québec en est rendu là.

Par Frédéric Laporte

Sources:

[1] Institut de la statistique Québec, www.stat.gouv.qc.ca/statistiques/population-demographie/structure/index.html et Institut de la statistique du Québec, mars 2018, www.stat.gouv.qc.ca/statistiques/travail-remuneration/bulletins/etat-marche-travail-2017.pdf

[2] Sondage Léger, juillet 2018, https://inm.qc.ca/wp-content/uploads/2018/09/sondage_leger_edq2019.pdf

[3] Institut du Nouveau Monde, https://inm.qc.ca/edq2019/

[4] Jean-Marc Fournier, Radio-Canada », 15 février 2019, https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1153065/la-polarisation-du-quebec-est-un-risque-pour-la-democratie-juge-lex-ministre-jean-marc-fournier

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