Éditorial – Le repos du guerrier… et de la guerrière!

Chaque fois que reprend le débat sur les heures de conduite, je me sens un peu à contre-courant. Durant des années, on nous a parlé du cycle circadien, de l’importance de bonnes périodes de repos pour que les chauffeurs restent alertes et vigilants sur la route. Mais mon expérience personnelle me dicte que nous n’avons pas tous le même cycle. J’écris d’ailleurs ces lignes un peu après minuit, l’heure à laquelle je suis en général plus créatif.

Bon, contrairement aux chauffeurs sur la route, une erreur de frappe sur mon clavier n’aura pas le même impact, au sens propre et figuré, qu’une erreur de calcul dans la distance d’arrêt. Et il est vrai qu’il y a eu, et qu’il y a encore, de l’abus sur les heures de conduite. Mais il n’est pas facile de trouver un bon équilibre entre la sécurité, la capacité d’un chauffeur de faire de longues heures, et les besoins de l’industrie.

Le cadre très rigide de la réglementation des heures de conduite, rendu encore plus rigide par l’arrivée du journal de bord électronique, n’est pas toujours facile à gérer. La secrétaire au transport des États-Unis, Elaine Chao, l’a d’ailleurs souligné, en annonçant au Mid-America Trucking Show qu’elle entendait assouplir ce cadre, comme on vous en parle dans les pages de cette édition de votre magazine préféré. Cette flexibilité se reflètera dans la possibilité de diviser le temps passé dans le compartiment couchette pour le repos.

Mais ce qui a particulièrement attiré mon attention dans son discours, c’est la question des aires de stationnement et de repos.

Je passe pas mal plus de temps devant mon clavier d’ordinateur que sur la route, mais en grand amateur de road trip que je suis, j’aime parfois parcourir nos belles et moins belles routes nord-américaines. J’ai récemment profité du Work Truck Show pour faire le trajet par la route jusqu’à Indianapolis, en traversant au pont des Mille-Îles, pour m’éviter la platitude de la 401. Je file donc sur la 81, pour ensuite prendre la 90 jusqu’à Cleveland, la 71 vers Columbus et finalement, la 70 jusqu’à Indianapolis. Un beau trajet d’environ 15 heures, en deux étapes.

J’ai roulé en soirée, et une chose m’a frappé : partout, les haltes routières étaient pleines. Et par pleines, je veux dire qu’il y avait des camions à partir du début de la sortie d’accès à la halte, jusqu’à la toute fin de la voie d’accélération pour reprendre l’autoroute. Pleines à craquer. Avec des camions qui étaient si proches de l’entrée et de la sortie qu’ils devaient surement se faire solidement brasser lorsqu’un autre camion passait à 75 milles à l’heure sur l’autoroute. Comment ils font pour dormir ? Aucune idée !

Cette situation se répète surement partout sur les autoroutes américaines, tout comme sur les routes canadiennes, où les « truck stops » sont de moins en moins nombreux.

C’est bien beau, les heures de conduite, les heures de repos. Mais encore faut-il donner aux chauffeurs la possibilité de vraiment se reposer. Et qu’on leur offre des endroits sécuritaires et adéquats pour le faire. Il est plus que temps de réinvestir dans ces haltes routières, si on veut réellement parler de sécurité. Sur ces belles paroles, je m’en vais me coucher, dans mon lit confortable et silencieux !

Par Claude Boucher

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