Électrification des transports – Les joueurs se positionnent

S’il vous reste quelque doute que ce soit sur l’arrivée prochaine des camions électriques dans le portfolio des différents manufacturiers, votre scepticisme sera assurément confondu cette année. Depuis quelques mois, les constructeurs de camions annoncent coup sur coup le déploiement de camions à motorisation entièrement électrique, en test chez différents clients. Alors qu’il y a quelques années à peine, les idées de Nikola Motor et de Tesla paraissaient farfelues, aujourd’hui, tous les manufacturiers s’affairent à passer à l’ère électrique. Une véritable course à l’émission zéro.

Que ce soit chez Volvo, PACCAR, Navistar, Daimler, les équipes s’affairent à mettre au point des solutions pour l’électrification de leurs camions. Et ce n’est plus une question de choix : les grands manufacturiers traditionnels se font littéralement pousser dans le dos par de nouveaux joueurs qui pourraient leur ravir des parts de marché qui leur étaient acquises. Au Nikola et Tesla, on doit ajouter d’autres entreprises, comme Thor, ou la chinoise BYD qui a déjà de nombreux véhicules sur la route en Asie et dont la machine à production n’est pas affectée par les habitudes créées avec plus d’un siècle de moteurs diesel.

Au cours des derniers mois, Freighliner a présenté une version électrifiée du M2 poids moyen et de son Cascadia. Le eM2 est déjà à l’essai chez Penske, qui prévoit en ajouter neuf à sa flotte d’ici un an, en plus d’une dizaine de eCascadia. Peterbilt a fait de même avec le 220EV présenté à l’exposition CES à Las Vegas en janvier, qui s’ajoutait au 520EV et au 579EV. Le constructeur du groupe PACCAR entend livrer six 220EV en 2019 pour les mettre à l’essai chez des clients. Chez Volvo, on a annoncé en février le lancement en Europe de deux camions électriques, un camion de livraison FL et un camion de collecte de matières résiduelles FE, en plus de se préparer cette année à lancer en Amérique du Nord une version électrifiée de son tracteur régional VNR en démonstration en 2019, camion que le constructeur suédois entend commercialiser dès 2020.

De nouveaux joueurs

Alors que la course à l’électrification dans l’industrie automobile a principalement été pilotée par des joueurs déjà bien établis, si l’on excepte Tesla, l’industrie du camion lourd est en mode réaction face à l’arrivée de nouveaux joueurs qui pourraient s’imposer rapidement. C’est le cas notamment d’une entreprise québécoise, la Compagnie électrique Lion. Avec un portfolio solide et des ventes commercialisées par les canaux réguliers dans l’industrie de l’autobus scolaire, l’entreprise de St-Jérôme lancera officiellement, le 11 mars, son camion poids lourd Lion8, un camion à cabine avancée complètement conçu et fabriqué ici au Québec. Mais si le Lion8 fait son entrée après les annonces d’autres manufacturiers, chez Lion, on souligne une énorme différence.

« Ce que nous présentons, c’est un camion de classe 8, 100% électrique, prêt à entrer en opération chez nos clients et non un simple projet pilote », nous dit Patrick Gervais, vice-président marketing et communications chez la Compagnie électrique Lion. « Nous aurons des camions sur la route dès l’automne 2019. Notre approche est en continuité avec ce qu’on fait dans les autobus. C’est un apprentissage qu’on a pu transférer aux camions de classe 8. »

Lion a en effet plus de véhicules électriques sur la route que tous ses concurrents réunis du côté des fabricants de camions.

« Nous avons déjà plus de 200 véhicules sur la route, ce que personne d’autre n’a au niveau commercial.

Autre différence importante, Lion est parti, dès le départ, d’une plateforme conçue entièrement en vue d’un camion électrique.

« Nos concurrents prennent un camion au diesel et l’adaptent. Ils enlèvent le moteur pour le remplacer par une motorisation électrique. Chez Lion, tous les véhicules sont construits en pensant à l’électrique, quant à l’emplacement des composantes, du moteur et des batteries. »

La Compagnie électrique Lion a un calendrier bien chargé au cours des prochains mois. Après le lancement officiel au Québec le 11 mars, le Lion8 sera présenté en grande première américaine au très couru rendez-vous annuel du Technology and Maintenance Council de l’Association américaine du camionnage, le 16 mars à Atlanta. Le PDG de Lion, Marc Bédard, sera d’ailleurs le conférencier principal lors du déjeuner de lancement du TMC. Par la suite, le Lion8 sera à Montréal pour ExpoCam, au kiosque du fabricant de fourgons Transit et retournera aux États-Unis en fin avril pour la grande messe du véhicule écoresponsable, le Advanced Clean Transportation Expo à Long Beach en Californie.

« On se sentira là aussi un peu chez nous puisque nous avons un pied à terre à Sacramento en Californie, un marché important pour nos autobus électrique », souligne Patrick Gervais.

Viendront ensuite l’expo Impulsion et le MovinOn à Montréal. Bref, plusieurs occasions pour voir de près le nouveau Lion8, le premier camion de classe 8 conçu et fabriqué par une entreprise québécoise.

Un changement de dynamique

Que ce soit chez la Compagnie électrique Lion ou chez les manufacturiers traditionnels, l’arrivée des camions électrique change la donne dans le marché des fournisseurs de composantes de camions. Avec l’intégration verticale de l’industrie du camion moyen et lourd, les manufacturiers avaient, pour la plupart, pris en main la motorisation de leurs camions, avec l’exception de Cummins qui continue d’avoir une solide part de marché. Mais qui fournira les motorisations électriques aux constructeurs de camions?

Deux joueurs bien connus et respectés de l’industrie, spécialisés dans les essieux et différentiels, sont déjà sur la ligne de départ pour offrir à l’industrie des solutions de motorisation électriques complètes. Meritor a lancé sa division Blue-Horizon, tandis que Dana a pris le contrôle, l’an dernier, du fabricant de moteurs électriques québécois filiale d’Hydro-Québec, TM4.

« Nous développons présentement notre essieu « E », qui est essentiellement l’essieu arrière-arrière d’un tandem, avec nos engrenages traditionnels, notre essieu et nos roulements, sur lequel on installe un moteur électrique au lieu d’un différentiel habituel », nous explique Mark Kollasch, directeur sénior de l’électrification chez Meritor.

Le eCarrier de Meritor

Plusieurs formules sont présentement à l’essai, tant chez Meritor que chez Dana. Le plus simple consiste à remplacer le moteur diesel par un moteur électrique, avec sensiblement le même type d’engrenage et différentiel qu’une chaîne cinématique traditionnelle. Les fabricants travaillent aussi sur une conception où le moteur est directement intégré au carter du différentiel, avec des engrenages spécifiques. Finalement, un moteur entièrement intégré à l’essieu, de façon longitudinale, est aussi sur les tables à dessins.

Dana a donné un grand coup l’an dernier à Hanovre, à la plus grande exposition mondiale de véhicules commerciaux, l’IAA, en présentant l’ensemble de ses solutions d’électrification de chaîne cinématique pour les camions légers, moyens et lourds. C’est d’ailleurs la solution de Dana, avec un moteur québécois TM4, qu’on retrouve dans les autobus Lion et dans le Lion8 qui sera dévoilé sous peu. Avec l’acquisition de TM4, Dana s’est positionné avantageusement grâce à des capacités de conception et de production de l’ensemble de la chaîne cinématique électrique, soit les moteurs, les convertisseurs et les systèmes de contrôle. Meritor Blue-Horizon est quant à lui notamment présent dans le 220EV de Peterbilt ainsi qu’avec d’autres constructeurs de camions.

Peterbilt 220EV

« J’estime que d’ici un an ou deux, les camions électriques seront commercialisés à grande échelle », nous dit Mark Kollasch de Meritor. « Ça dépendra bien sûr de la demande et de l’aide gouvernementale pour l’acquisition de cette technologie, qui est encore dispendieuse. Mais cette technologie émergente est définitivement excitante. »

Signe encore plus évident de l’arrivée inévitable des camions électriques comme solution répandue, la Californie s’est donnée jusqu’à 2030 pour que tous les camions neufs vendus sur son territoire soient électriques. Et la course pour les parts de ce marché, elle, est définitivement lancée.

Par Claude Boucher

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