Embark conçoit des camions autonomes avec chauffeur

Comment deux entrepreneurs de 22 ans peuvent-ils penser qu’ils ont les nerfs assez solides pour s’en prendre à des géants comme Waymo, la filiale de développement de véhicules autonomes d’Alphabet, le propriétaire de Google, pour développer un camion de classe 8 autonome?

La réponse d’Alex Rodrigues, cofondateur et chef des opérations d’Embark, est plutôt logique et sensée : « Nous bougeons rapidement. Waymo a peut-être l’avantage d’avoir un conglomérat derrière elle, de construire un véhicule et de l’utiliser à plusieurs sauces alors que son programme de développement de camions utilise la même technologie que celle de ses wagonnettes autonomes et qui est aussi déployée ailleurs. Nous croyons qu’en cette période où l’objectif est de livrer un produit commercialement viable, tout ce que nous voulons faire est d’être le premier à livrer un produit au marché. Le fait que nous puissions bouger de façon aussi concentrée avec un seul objectif nous donne un avantage important. »

Cette façon de penser semble plaire aux investisseurs alors que le 19 juillet dernier, la firme de capital de risque de Silicon Valley, Sequoia Capital annonçait qu’elle allait investir 30 millions de dollars US dans Embark. C’est donc dire qu’après seulement deux ans d’opération, le financement total recueilli par Embark atteint maintenant 47 millions de dollars US. Il faut souligner qu’au mois de février 2018, Embark a complété la première traversée des États-Unis d’ouest en est, de Los Angeles, CA à Jacksonville, FL avec son prototype de camion de classe 8 autonome. La technologie d’Embark, incorporée à un camion Peterbilt, a même permis à ce dernier de transporter de la marchandise entre Ontario, CA et Phoenix, AZ pour des expéditeurs de tous genres, dont Electrolux. Comme le veut la loi, il y avait un chauffeur avec sa main sur le volant tout le long du trajet.

Lors de l’Automated Vehicle Symposium qui se tenait à San Francisco du 9 au 12 juillet 2018, Alex Rodrigues a tenu à préciser que même s’il est un promoteur de la conduite autonome pour les camions, cela ne veut pas nécessairement qu’il entrevoit un avenir sans chauffeur. Il croit plutôt que les systèmes de conduite autonome vont améliorer d’un seul coup la sécurité des camions et leur productivité tout en réduisant les coûts du mouvement des biens. « Il s’agit ici de modifier radicalement les données économiques du transport pour 70% des biens aux États-Unis. Ces données comprennent une réduction de 50% du coût au mille à cause d’une meilleure productivité et de la sécurité accrue qui engendrera des réductions des primes d’assurance et des opérations plus efficientes réduisant d’autant les coûts d’entretien et du carburant. »

Alex Rodrigues et Brandon Moak, les cofondateurs d’Embark, une entreprise en démarrage de San Francisco.

Toutefois, durant la phase de développement et d’essais qui mènera à un camion entièrement autonome, les chauffeurs auront un rôle critique à jouer. La technologie de conduite autonome n’a pas encore atteint le point où elle peut conduire de façon plus sécuritaire qu’un chauffeur. C’est pour cette raison qu’Embark opère présentement avec un système presqu’entièrement autonome qui se fie à des chauffeurs pilotes d’essai afin de monitorer les performances de la route et des systèmes. Les systèmes sont également restreints à un usage sur les grandes routes où il est plus facile pour la technologie de naviguer. « Notre système n’est pas conçu pour les rouler en ville. Un système vraiment autonome est un problème incroyable à résoudre et ça pourrait prendre des décennies pour y arriver », de continuer Rodrigues.

En 2017, Embark a commencé à travailler avec le manufacturier d’appareils ménagers Electrolux pour transporter des réfrigérateurs Frigidaire, en collaboration avec Ryder Trucks, sur une route de plus de 1 000 km d’El Paso, TX jusqu’à Los Angeles en empruntant l’Interstate 10. D’ici la fin de cette année, Embark prévoit avoir 40 camions le long de cette même route. Embark planifie des échanges de remorques entre des chauffeurs locaux et ses camions autonomes à des hubs de fret le long de l’autoroute. Des chauffeurs humains conduisent les camions Embark manuellement pour entrer et sortir de ces hubs et des villes, mais pour la majorité du trajet, sur l’autoroute, c’est la technologie qui prend le contrôle du camion.

Les camions Embark sont munis de senseurs et de technologie de conduite autonome permettant la conduite autonome. Les camions cueillent et livrent la marchandise aux abords de l’Interstate avec peu d’intervention humain, mais un chauffeur est toujours à bord en ce moment, gardant un œil sur la route et ses mains sur le volant en tout temps. Embark pense qu’éventuellement, les chauffeurs fonctionneront de façon complètement autonome sans chauffeur à bord.

« Les chauffeurs de camion s’énervent actuellement, car ils croient qu’ils perdront leurs emplois, mais ce n’est pas le cas. Il y aura toujours un besoin de l’apport humain, mais c’est certain que des caractéristiques de leur emploi seront modifiées », explique Antti Lindstrom, analyste chez IHS Markit. « C’est un peu comme à bord des avions, alors que l’appareil lui-même vole de façon autonome pour la majorité du voyage, mais les pilotes sont là pour le décollage et l’atterrissage. »

« Ce qui rend un système sans chauffeur sécuritaire c’est justement un chauffeur attentif. L’ingénierie n’est qu’une petite partie de notre approche face à la sécurité, c’est nécessaire, mais pas suffisant pour rouler en toute sécurité », de conclure Alex Rodrigues.

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