Industrie du remorquage au Québec – Des défis à relever

Depuis sa création en 1994, sous l’impulsion de Raymond Ouellet de Granby, l’Association des professionnels du Dépannage du Québec travaille à veiller aux intérêts de ses membres, mais aussi à assainir et professionnaliser le milieu du remorquage au Québec. En 23 ans, l’APDQ a accompli de grandes choses et permis une reconnaissance de cette industrie, notamment auprès des organismes gouvernementaux et des corps policiers. L’association siège à de nombreuses tables de concertation, et s’est positionnée comme intervenant incontournable dans bien des dossiers touchant notamment la sécurité routière. Nous avons discuté avec Réjean Breton, président-directeur général de l’APDQ, des défis que relève l’association.

Au fil des ans, l’APDQ a réussi à faire un sérieux ménage au sein de l’industrie du remorquage, une industrie qui n’avait pas, par le passé, une excellente réputation. Aujourd’hui, dans la vaste majorité des régions du Québec, les procédures et façons d’intervenir sur les lieux d’accidents ou de pannes sont régies par des ententes avec les différents corps policiers ou les municipalités. On a ainsi réussi pratiquement à éradiquer les interventions où plusieurs dépanneuses arrivaient sur les lieux d’un accident, ce qui créait des frictions.

L’APDQ avait d’abord entrepris cette démarche à Montréal au début des années 2000, avec l’administration du maire de l’époque, Gérald Tremblay. Après des discussions avec la Ville de Montréal, des protocoles d’intervention et des ententes avec les entreprises de remorquage ont permis d’éviter cette problématique.

L’Association a ensuite fait une tournée de la province, auprès des différents corps policiers municipaux et de la Sureté du Québec ainsi que des municipalités.

« Nous avons proposé des paramètres de base », raconte Réjean Breton, PDG de l’APDQ. « Les entreprises de remorquage qui font affaires avec les corps policiers sont vérifiées, et doivent s’obliger par écrit à être de garde 24 heures par jour, 7 jours sur 7. On a mis en place un encadrement incluant le volet tarifaire. Une grille tarifaire a été convenue, avec notamment le Groupement des assureurs automobiles du Québec. Cette grille est encore en vigueur aujourd’hui et simplement indexée annuellement. Et ça fonctionne bien. »

Tout fonctionne bien, sauf à Montréal où les problèmes du passé refont surface. Depuis deux ans, il semble bien que la surveillance de ce dossier se soit relâchée.

« Lorsque le maire Coderre est arrivé, avec les changements politiques, personne n’a vraiment pris ce dossier en charge », explique Réjean Breton. « Le système avait été nettoyé, et les mauvais joueurs avaient quitté le domaine. Mais avec tous ces changements, il n’y avait plus de renouvellement de contrat aux deux ans, donc, ces joueurs sont revenus. Et ils ont commencé à vouloir s’approprier les appels de remorquage. »

Cette situation a d’ailleurs fait l’objet récemment d’un solide rapport du Bureau de l’inspecteur général de la métropole. Selon le rapport, la problématique s’est accrue depuis que la ville a cessé d’octroyer des contrats d’exclusivité dans les 19 arrondissements. Le rapport du BIG parle clairement de retour du crime organisé.

« La preuve recueillie démontre clairement que le crime organisé prend le contrôle de secteurs de remorquage et va même jusqu’à coordonner la répartition des entrepreneurs et le partage des secteurs. L’inspecteur général observe que ces situations ont pour effet de vider le domaine de nombreux entrepreneurs qui, par peur, n’osent plus procéder au remorquage de véhicules accidentés dans les zones contrôlées et même, parfois, sur le territoire de la Ville de Montréal. La concurrence s’en trouve ainsi considérablement réduite. L’inspecteur général conclut que l’industrie est aujourd’hui gangrénée et que de graves enjeux de sécurité publique en découlent. »

L’APDQ s’est adressé au maire de Montréal pour proposer des pistes de solutions pour remettre de l’ordre dans l’industrie.

« Nous avons envoyé une lettre au maire il y a un an et demi », nous dit Réjean Breton. « Nous avons rencontré les hauts dirigeants à Montréal, pour discuter de cette situation et demander le retour d’un encadrement comme à l’époque. La balle est dans leur camp. On attend des nouvelles de la part de la Ville, pour préparer des nouveaux devis. Mais si on ne prend pas l’initiative, le dossier avance lentement. Ça ne semble pas être une priorité pour le SPVM et encore moins pour la ville de Montréal. »

Mais Réjean Breton s’empresse de souligner qu’il ne s’agit là que de quelques mauvais joueurs.

« Sur 425 entreprises au Québec qui travaillent 24 heures sur 24, il n’y en a que trois qui ont contaminé l’industrie, et encore, seulement à Montréal. Les médias ont planché beaucoup là-dessus, mais c’est loin d’être représentatif de l’industrie. »

La congestion à Montréal : un autre point chaud

Les problèmes de circulation et de congestion sur le réseau autoroutier de la région de Montréal sont bien connus. Et ces problèmes deviennent rapidement de véritables cauchemars lorsqu’un accident ou une simple panne bloque une ou plusieurs voies des autoroutes. Un système avait été mis en place pour rémunérer les entreprises de remorquage du réseau exclusif pour permettre de maintenir des dépanneuses en mode de disponibilité à des points stratégiques du réseau, et ainsi assurer une intervention plus rapide. Malheureusement, le gouvernement québécois a mis fin il y a quelques années à ce système de dépanneuse en « stand-by », qui ne coûtait selon Réjean Breton que quelques centaines de dollars par jour par dépanneuse en attente.

« Comme la dépanneuse doit maintenant partir du point de service, qu’il n’y a pas d’accotement par exemple sur le Métropolitain, et que la dépanneuse n’est pas munie de gyrophares rouges, ça peut prendre beaucoup de temps avant qu’elle n’arrive sur les lieux de la panne. Trop tard, la congestion est provoquée. Et on sait le coût, pour l’ensemble des usagers de la route, de ces congestions monstres provoquées par des accidents, des accrochages ou de simples pannes. »

Réjean Breton espère sous peu rencontrer le ministre des Transport Laurent Lessard et les haut-fonctionnaires du ministère pour les sensibiliser à cette problématique. Selon lui, le système de mise en attente rémunérée avait fait ses preuves et doit être remis en place, surtout compte tenu que l’heure de pointe, à Montréal, s’échelonne maintenant sur pratiquement toute la journée.

Par Claude Boucher

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