Lancement du Lion8 100% électrique – Un constructeur québécois dame le pion aux géants américains

Alors que les principaux manufacturiers américains (et européens) en sont encore aux projets pilotes dans l’électrification des transports, la Compagnie Électrique Lion, de St-Jérôme au Québec, vient de lancer sur le marché un camion classe 8 à cabine avancée, prêt à être commercialisé. Doté d’une motorisation électrique conçue au Québec par TM4, le Lion8 est la suite logique de ce constructeur de véhicules poids moyens, qui a déjà à son actif plus de 200 autobus scolaires sur les routes nord-américaines. Le lancement du Lion8, au CFTR à Mirabel, a attiré tout le gratin politique, mais aussi une foule enthousiaste, pour ce premier camion lourd pensé, conçu et fabriqué au Québec.

Le président et fondateur de la Compagnie électrique Lion, Marc Bédard, était évidemment très fier de ce lancement officiel du premier camion électrique de classe 8 construit par l’entreprise de St-Jérôme.

« Il y a quelque chose d’absolument extraordinaire avec ce camion : c’est 100% du génie québécois. Je tiens à remercier toute l’équipe de Lion, mais également les partenaires, tous les fournisseurs et les clients potentiels qui nous ont beaucoup aidés. »

Les partenaires, ce sont d’abord le Gouvernement du Québec, qui a investi 8,6 millions dans le développement du véhicule lourd électrique. Mais c’est aussi TM4, qui a développé le moteur SUMO dont est muni le Lion8, AddÉnergie Technologies qui a conçu les bornes de recharge plus performantes pour ce camion, et Solution Centum Adetel Transportation qui a élaboré la technologie télémétrique pour gérer ce camion. Le ministre de l’Économie et de l’Innovation, Pierre Fitzgibbon, faisait partie de la délégation de quatre ministres du gouvernement du Québec à assister à ce dévoilement.

« En combinant leurs efforts et leur expertise, La Compagnie électrique Lion et ses partenaires TM4, AddÉnergie Technologies et Solution Centum Adetel Transportation ont réussi à développer un camion lourd à motorisation entièrement électrique qui est à l’image de la capacité d’innover du Québec et de ses principes de développement durable. Nous misons sur des initiatives comme celle-ci pour réduire de façon novatrice et efficace les émissions de gaz à effet de serre au Québec. » 

Aussi présent, le ministre de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques, Benoit Charette, a d’ailleurs rappelé que les émissions de gaz à effet de serre découlant du transport de marchandises constituent un défi.

« L’électrification des transports fait partie d’un ensemble de solutions pour réduire nos émissions de gaz à effet de serre, développer notre économie et créer des emplois durables et de qualité. D’ailleurs, notre gouvernement entend propulser cette filière prometteuse à l’avant-scène de la lutte contre les changements climatiques. » 

Bien qu’il ait été dévoilé officiellement le 11 mars, le tout premier Lion8 ne sera livré qu’en septembre prochain à son premier client, la Société des alcools du Québec. Le camion porte déjà les couleurs de la SAQ.

« La SAQ est fière d’être la première entreprise à mettre sur la route cette innovation québécoise », a dit Édith Walcott, directrice des centres de distributions de Montréal et Québec à la SAQ. « Cette acquisition s’inscrit tout à fait dans le volet développement durable de notre Plan Stratégique qui prévoit la réduction de nos émissions de gaz à effet de serre en transport. » 

Guylaine Desroches, Marc Bédard, Édith Walcott, le ministre Pierre Fitzgibbon, la ministre Sylvie D’Amours, Laurent Duvernay-Tardif, le député Youri Chassin, le ministre Benoit Charrette et le député Claude Reid.

Le Lion8 en détails

Marc Bérard, le PDG de Lion, n’est pas peu fier de l’avance que sa compagnie a prise dans le développement d’un camion lourd 100% électrique. Alors que la plupart des modèles lancés récemment par des constructeurs de camions en sont encore au stade expérimental, le Lion8 est prêt pour la route, nous dit-il.

« Ça fait huit ans qu’on est dans l’électrique, qu’on investit dans l’électrique. Ça fait quatre ans qu’on vend des véhicules lourds électriques, avec les autobus scolaires. On a un Midibus électrique. Pour nous, construire un camion électrique, c’était la suite logique des choses. »

Il précise aussi que le Lion8 n’est pas une conversion d’un véhicule diesel à une motorisation électrique, mais bien un camion qui a été pensé, depuis le tout début de sa conception, pour ce type de motorisation.

Avec un poids nominal brut de 54 600 livres, et un poids à vide de 24 600 livres, le Lion8 est donc prévu pour une capacité de charge de 30 000 livres. Doté d’un essieu avant Hendrickson de 14 600 livres, d’un essieu arrière tandem Dana de 40 000 livres et d’une suspension pneumatique de même capacité, le Lion8 a puisé ses composantes de structures chez les fournisseurs classiques. Mais la ressemblance avec les camions présentement offerts sur le marché s’arrête là.

Le châssis a entièrement été conçu et construit par Lion à son usine de St-Jérôme, tout comme la cabine avancée qui a été pensée en fonction des particularités du camion électrique, soit l’absence de moteur diesel et de transmission sous la cabine.

La pièce centrale : un moteur SUMO HD de TM4 qui développe jusqu’à 470 chevaux et un couple impressionnant et immédiat de 2507 pi.-lb. Vitesse maximum prévue : 105 km/h. La capacité des batteries peut aller de 160 à 320 kWh, pour une autonomie prévue de 150 à 300 kilomètres. Le temps de recharge : de 2,5 à 16 heures, selon le type de recharge choisi, soit de niveau II ou III.

« On s’est vraiment concentré sur le marché de cette autonomie de moins de 400 kilomètres », explique Marc Bédard. « Il y a de 300 000 à 400 000 camions classe 8 qui se vendent chaque année en Amérique du Nord. De ces camions, 45% effectuent moins de 400 km dans une journée habituelle d’opération. »

Les marchés visés sont ceux du camion de livraison avec fourgon sec ou réfrigéré, du camion de service avec nacelle ou grue, du déménagement ou du camion pour collecte de matières résiduelles. Au moment d’écrire ces lignes, Marc Bédard et son équipe s’affairent à présenter le Lion8 au marché américain.

« Pour nous, le cheval de bataille principal reste le Québec et la Californie, mais d’autres vont se rajouter ; à New York, en Pennsylvanie, en Colombie-Britannique, il y a un intérêt incroyable pour l’électrification du transport lourd. »

Et le coût ?

Aucun constructeur de camion n’aime parler du prix de vente de ses véhicules, et pour cause. D’une part, ce prix peut grandement varier selon les composantes choisies. Dans le cas du Lion8, cette variation de prix sera en fonction de la capacité énergétique embarquée, soit les batteries. D’autre part, et c’est un secret de polichinelle, le prix varie aussi en fonction du client et de la quantité commandée.

Mais Marc Bédard s’est néanmoins avancé avec un prix estimé entre 300 et 400 000 dollars. Bien entendu, le Lion8 sera admissible aux subventions offertes par le programme ÉcoCamionnage, qui pourraient aller jusqu’à 75 000 $. Et si ce prix, même après subvention, peut sembler élevé comparativement à un camion de classe 8 au diesel, le président de Lion souligne qu’il faut regarder plus loin, et penser au coût total de propriété et d’opération, notamment en termes d’économie d’énergie, mais aussi en économie d’entretien.

« On estime l’économie d’énergie à environ 80%. Donc, si un camion diesel dépense 50 000$ par année en carburant, on peut penser qu’un camion électrique équivalent va coûter 10 000$ en énergie pour la même année, donc une économie de 40 000$. Pour les coûts d’entretien, on estime une économie d’environ 60%, pour plusieurs raisons : il n’y a pas de système d’échappement, de filtre à particules, de transmission, d’huile moteur. C’est beaucoup plus facile à entretenir. Et le système de freinage régénératif permettra d’allonger la durée de vie des freins par trois fois. »

Certains semblent avoir déjà compris le message. Patrick Turcotte, président du Groupe TYT et président du conseil d’administration de l’ACQ, qui possède d’ailleurs depuis plusieurs années une voiture Tesla, est convaincu des bénéfices que peuvent apporter les camions électriques.

« On est prêt à embarquer dans beaucoup de projets de camions électriques, dont celui de Lion, tout dépendant des ententes de commercialisation, des délais de livraison et des conditions d’achat. On ciblera particulièrement nos opérations au port de Montréal, surtout avec le temps d’attente. »

Quoi qu’il en soit, après ses autobus scolaires et son Midibus électrique, la Compagnie électrique Lion est bel et bien sur une lancée, et prévoit d’ailleurs dévoiler l’an prochain une version tracteur de son Lion8, dont les batteries seront permutables pour une recharge plus rapide. La production du Lion8 débutera à l’automne prochain, et Marc Bédard souligne que l’usine de St-Jérôme peut atteindre une capacité de production de 1000 camions par année.

Il n’a pas été possible pour l’instant de faire un véritable essai routier du Lion8, mais Marc Bédard et son équipe nous promettent de remédier prochainement à cela. Dès que nous aurons le plaisir d’en faire l’essai, soyez assurés que Transport Magazine vous livrera ses commentaires. À suivre !

Par Claude Boucher

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