L’APDQ fait de la protection des scènes d’accident une priorité

Un peu comme Obélix qui était tombé dans la marmite quand il était enfant, Réjean Breton est né dans le remorquage et il a vendu son entreprise de dépannage routier de Laurier Station il y a quelques années pour se consacrer entièrement à son rôle de président-directeur général de l’Association des Professionnels du Dépannage du Québec (APDQ). À son arrivée à la présidence en 2005, l’APDQ occupait des bureaux dans la résidence de son prédécesseur et c’est alors que Réjean Breton a décidé d’installer le bureau de l’organisation à Drummondville, stratégiquement placé au cœur du Québec et facilement accessible le long de l’autoroute 20.

Avec une mission de tenter de mettre un peu d’ordre dans une industrie qui en avait grandement de besoin et remettre les lettres de noblesse aux remorqueurs routiers qui le méritaient tout en éliminant en cour de route certains intervenants moins professionnels que d’autres, Réjean Breton avait du pain sur la planche. « Le remorquage est devenu une spécialité depuis une vingtaine d’années à un point tel que les stations de service et les garages de mécanique qui avaient jadis leur propre dépanneuse, font maintenant appel aux remorqueurs professionnels de l’APDQ », de dire Réjean Breton.

Sous sa gouverne, l’APDQ est devenue partie prenante de la Loi 430 concernant les propriétaires et exploitants de véhicules lourds (PEVL) et est invitée aux tables de concertation avec toutes les autres associations de véhicules lourds. « C’est une reconnaissance du niveau de professionnalisme qui règne maintenant dans l’industrie du dépannage routier au Québec », clame fièrement Breton. « Jusqu’en 2009, il n’y avait aucun encadrement pour les entreprises de remorquage. Quand un policier arrivait sur les lieux d’un accident, il appelait une entreprise de dépanneuse de son choix. En 2009, nous avons conclu une entente avec la Sûreté du Québec pour encadrer les entreprises de dépannage. »

Cet encadrement commençait par une enquête sur toutes les entreprises effectuant du remorquage sur les routes du Québec afin de procéder à un filtrage éliminant les éléments plus problématiques. « Cette élimination de certaines personnes n’a pas nécessairement plu à tout le monde mais il fallait le faire. Ensuite nous avons attitré des secteurs géographiques à nos membres afin de couvrir le Québec et ce sont ces remorqueurs attitrés que la SQ appelle lorsqu’elle arrive sur un lieu d’accident », ajoute Réjean Breton. « Alors qu’il n’existait aucune entente par rapport aux prix que pouvaient charger les dépanneuses, nous avons élaboré une grille tarifaire avec l’aide de fiscalistes et autres experts. Cette grille fixe maintenant les prix partout. »

Fini le temps où les remorqueurs utilisaient un scanner pour balayer les ondes des communications des policiers afin de se rendre rapidement sur les lieux d’accident afin d’être le premier arrivé pour ensuite facturer ce qu’ils voulaient. Automobilistes et camionneurs se plaignaient d’être pris en otage. C’est l’APDQ, à cette époque, qui a soulevé la problématique et entamé des discussions avec la SQ et d’autres intervenants pour en arriver à une entente.

Problème avec le gros village

L’entente a été adoptée à peu près partout au Québec sauf dans ce que Réjean Breton qualifie du « plus gros village au Québec », la Ville de Montréal : « Montréal et sa police n’ont jamais emboité le pas sous Gérald Tremblay ou Denis Coderre alors que nous avions tout tenté, sans succès, malgré de nombreuses promesses de changer les choses. Ça commence à se replacer depuis l’arrivée à la tête du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), du directeur intérimaire actuel Martin Prud’homme. En tant que directeur de la SQ, ce dernier connaît les bienfaits de notre entente et cherche à l’implanter à Montréal. »

Le problème avec Montréal ne date pas d’hier alors qu’en 1998, l’APDQ a tenu une rencontre avec la Ville de Montréal mais certains membres de l’époque s’objectaient à une entente. C’était le citoyen qui payait et le SPVM ne voulait pas s’occuper du dépannage alors en 2001, la Bureau du taxi fut mandaté pour voir au remorquage sur l’île de Montréal. « Il n’y a eu aucune amélioration pendant des années jusqu’à l’arrivée de Martin Prud’homme qui a décidé de prendre en charge le dépannage. Pour structurer le remorquage sur l’île, il y a deux systèmes en vigueur, le premier étant l’autoroutier qui englobe non seulement l’île mais aussi sa couronne. Dans ce cas, une grille tarifaire est appliquée rigoureusement depuis des années avec des prix raisonnables pour les petits et les gros véhicules », raconte le président de l’APDQ.

Le second système se situe au niveau municipal où l’application d’un nouveau modèle ne se fera pas instantanément. Les policiers sur la scène peuvent encore appeler le remorqueur de leur choix. Selon la Loi, tout corps policier possède une délégation de pouvoir et doit s’assurer de la protection de la route à tous les niveaux. Il semble que cela fonctionne partout au Québec sur les territoires de la SQ mais pas à Montréal. Toutefois, le « plus gros village » serait en train d’emboîter le pas. Chaque arrondissement aura son entreprise de dépannage attitrée et une grille tarifaire uniforme est en phase d’élaboration, une étape à laquelle l’APDQ contribue par son expertise.

L’APDQ travaille actuellement à l’établissement d’un partenariat avec les assureurs afin d’en arriver à l’adoption d’un moyen pour solutionner les litiges que les assureurs peuvent avoir par rapport aux coûts du remorquage réclamés par les assurés. Dans le cadre de ce partenariat naissant, les assureurs recommanderaient une grille d’assurance à leurs experts en sinistre afin de pouvoir, après une analyse sommaire d’un dossier, réclamer un remboursement sur facture. Dans un cas pareil, le partenariat permettrait à l’APDQ d’effectuer une seconde analyse au cours de laquelle le membre de l’APDQ concerné aura le privilège d’être entendu. Il peut arriver que ce membre explique que dans le dossier, il a dû effectuer des manœuvres particulières.

Corridor de sécurité

L’APDQ, qui représente environ 82% du parc de dépanneuses québécois, est aussi active dans la quête d’une solution sur la question du Corridor de sécurité. En 2010, l’APDQ fut le premier organisme à lever la main pour réclamer l’instauration du Corridor de sécurité afin d’inciter les usagers de la route à ralentir et se tasser en présence de véhicules d’urgence et de dépanneuses. Le Québec a été la première province canadienne à adopter une réglementation en ce sens qui est entrée en vigueur en 2012. Avant 2012, seulement 10% des usagers se déplaçaient à l’approche d’une dépanneuse et ce chiffre a augmenté à 65% avec l’application de la Loi. Lorsqu’il y a présence de gyrophares rouges plutôt que jaunes, 85% des usagers se tassent.

Mais tout le travail effectué à l’instauration de cette mesure doit être refait moins de 10 ans plus tard à cause d’une nouvelle réalité, celle des appareils électroniques. « Les conducteurs aujourd’hui font trop souvent preuve d’inattention en textant, en lisant leurs textos ou encore en utilisant leur téléphone intelligents régulièrement, même si ce n’est pas permis, plutôt que de se concentrer sur la route », dénote Réjean Breton. « Nous voulons jouer un rôle proactif dans ce dossier en repensant le volet sécurité lors d’un dépannage, surtout dans le cas de remorqueuses pour véhicules lourds. Bien souvent, garée devant un véhicule lourd ou derrière celui-ci mais devant un véhicule d’urgence, la vue de la dépanneuse est obstruée et les usagers de la route ne remarquent pas les gyrophares jaunes. Il serait important d’ajouter un véhicule de protection supplémentaire sur les scènes d’accident et à ce moment, le gestionnaire du réseau routier devra décider qui paiera les frais additionnels encourus. »

Pour Réjean Breton, c’est un dossier qui le touche de près car au début du mois d’août dernier, un opérateur de remorqueuse, membre de l’APDQ, a été blessé sérieusement sur une scène d’accident : « Je suis allé le rencontrer quelques jours après l’incident et la personne devant moi était un homme qui a radicalement changé par rapport à celui que je connais. Est-ce une situation temporaire ou une condition à long terme? Je ne saurais le dire mais peut-être que l’enquête présentement en cours saura nous donner plus de détails sur ce carnage. » Selon la compilation de certaines données, 35% des usagers de la route ne respecte pas le corridor de sécurité et l’inattention serait la principale raison.

Relève et passion

L’APDQ compte 381 membres sur environ 430 entreprises de dépannage au Québec et ces entreprises opèrent plus de 3 800 remorqueuses dont la majorité est sur appel 24/7, 7 jours par semaine et 365 jours par an. « Une nouvelle génération d’opérateurs et de propriétaires entre en poste depuis quelques années. Il y a bien entendu eu certaines fusions et de la consolidation d’entreprises, mais on sent que la relève prend le dessus. Ce sont souvent des personnes qui connaissent le remorquage car ça prend de la passion pour faire ce métier. Sans passion, ça ne peut fonctionner. La nouvelle génération profite des avantages et des acquis des dernières années et s’applique à les améliorer avec de nouvelles idées. Cette génération profite d’outils de base comme nos ententes avec assureurs et policiers pour assurer leur rentabilité », continue Réjean Breton.

Les entreprises de remorquage doivent détenir un permis spécial émis par Transport Québec selon des paramètres qui n’ont pas changé depuis 1993. L’APDQ aimerait bien que ces paramètres soient mis à jour afin de permettre la circulation sur les routes du Québec de dépanneuses plus performantes présentement refusées. Selon le permis en vigueur depuis 1993, l’APDQ n’a pas le droit de dépanner et les permis sont émis sans que Transport Québec en évalue vraiment les conséquences. « Lorsqu’un véhicule obstrue une voie de circulation, les policiers exigent le remorquage même si la loi actuelle ne le permet pas », commente monsieur Breton. « Nos membres répondent donc à l’appel pour se faire interceptés quelques kilomètres plus loin par des patrouilleurs de Contrôle routier Québec pour effectuer un ouvrage proscrit par la loi. Et les patrouilleurs et les remorqueurs font leur job alors que les dépanneuses qui refusent de répondre à l’appel de la police sont passibles de sanctions… »

Les membres de l’APDQ se rendront en grand nombre à Drummondville les 12 et 13 octobre 2018 pour le 24e congrès annuel de l’organisme. Les conférences, le  salon des fournisseurs et partenaires et autres activités se dérouleront au Centrexpo Drummondville, 550 rue St-Amant à Drummondville. Chaque année, des centaines d’entreprises de dépannage et des opérateurs de remorques se donnent rendez-vous, sur une invitation de l’APDQ, pour discuter des sujets de l’heure dans leur industrie et pour découvrir les dernières nouveautés en matière d’équipement, d’accessoires, de services et de technologies.

Ce ne sont donc pas les dossiers qui manquent au bureau de direction de l’APDQ et ce dernier n’hésite pas à faire connaître ses pistes de solution aux partenaires lors des discussions. En ce moment même, l’APDQ a demandé que les remorqueurs puissent changer la couleur de leurs gyrophares de jaune à bleu, par exemple, ce qui serait plus voyant, comme ça s’est fait ailleurs au Canada et aux États-Unis. Si ce changement est accepté, il devra faire l’objet d’une campagne de sensibilisation pour aviser les usagers de la route. Une telle campagne sera une autre preuve que l’APDQ est aux aguets et veille à assurer la protection de scènes d’accident non seulement pour ses membres mais pour tous les usagers de la route.

Par Guy Hébert

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