Machinerie lourde – De l’innovation à tous les niveaux

Les progrès technologiques se multiplient sous divers aspects dans l’industrie du transport et de la machinerie lourde. Les nouveaux systèmes intelligents contribuent à l’assistance à la conduite, à la sécurité du conducteur ou de l’opérateur de même qu’à celle des autres utilisateurs du réseau routier. En plus, l’électrification des véhicules lourds n’est désormais plus une chimère.

La compagnie TM4 Solutions Électrodynamiques, filiale d’Hydro-Québec, développe depuis plusieurs années des moteurs électriques destinés aux véhicules lourds. En octobre 2016, le gouvernement a annoncé l’octroi d’une somme de 8,6 millions de dollars (M$) pour financer un projet visant à concevoir et fabriquer quatre prototypes de véhicules lourds, soit deux autobus et deux camions lourds, équipés de moteurs électriques. Outre TM4, le projet de 17,2 M$ regroupe Autobus Lion, AddÉnergie Technologies, Solution Adetel et Alcoa Canada.

« Nous avons développé le système de traction, et Autobus Lion a conçu tout le véhicule », explique Éric Azeroual, directeur ventes et marketing chez TM4. Dans les quatre prototypes, il y en a un pour le transport adapté, un camion lourd, et deux autres véhicules qui sont des déclinaisons de ces deux plateformes. « On voulait avoir un véhicule pour chacune des classes 5 à 8, avec une ergonomie toute nouvelle », dit-il.

Les prototypes devraient être bientôt sur la route et aussi l’année prochaine. M. Azeroual souligne qu’il existe plusieurs marchés en Amérique du Nord, incluant le Québec, où la demande est forte de la part des autorités publiques pour électrifier les modes de transport de personnes.

En octobre 2017, TM4 a aussi annoncé l’expansion de la famille de groupes motopropulseurs électriques en lançant la gamme SUMO HP dédiée aux applications de haute puissance. En mai 2017, TM4 avait annoncé que son moteur SUMO HP HV900 allait être utilisé comme comme générateur au sein du groupe motopropulseur hybride rechargeable développé en collaboration avec Cummins.

Le moteur SUMO HP HV900 de TM4 est utilisé comme générateur au sein du groupe motopropulseur hybride rechargeable développé en collaboration avec Cummins, annoncé en mai 2017.

« Ce n’est pas toutes les applications qui se prêtent au moteur électrique. Pour un camion routier de classe 8, on n’a pas encore l’autonomie de 500 km ni la possibilité de le recharger en une heure, souligne M. Azeroual. Ce que nous développons avec Cummins est un véhicule électrique avec un prolongateur d’autonomie qui permet de rouler entièrement à l’électricité sur la majeure partie du trajet. Quand il n’y a plus d’énergie, on s’arrête à une borne de recharge rapide, on recharge le moteur électrique durant le temps que l’on s’arrête, et l’on continue. Le prolongateur d’autonomie a assez de puissance pour maintenir le cycle routier du véhicule. C’est un système qu’on veut commercialiser pas seulement pour les autobus, mais aussi sur les camions », précise-t-il.

Les progrès en matière d’électrification du transport ont été ralentis par l’évolution des batteries. Cependant, alors qu’il en coûtait 1000 $ US par kilowattheure (kWh) auparavant, le coût de la batterie électrique a chuté à environ 200 $ US/kWh, indique Éric Azeroual. Les gestionnaires de flottes montrent de l’intérêt pour les moteurs électriques, mais les fabricants nord-américains n’en offrent pas encore.

C’est pour cela que TM4 participe à des projets de conception avec Autobus Lion et Nordresa, une firme de Laval qui fabrique des véhicules de livraison de classes 4 à 6. « Ça prend l’exemple d’au moins une ou deux flottes, nous on veut le faire au Québec avec au moins deux flottes. On aimerait faire un projet avec une vingtaine de véhicules qui roulent, pour transporter de la marchandise des dépôts en banlieue vers les centre-villes, avec environ 150 km d’autonomie, en mode tout électrique. Je suis convaincu que les gens, une fois qu’ils auront essayé cela, ils seront séduits », conclut-il.

Le LiDAR et les véhicules autonomes

Le 14 mars dernier, la firme LeddarTech de Québec, a été lauréate du prix Haute Technologie au gala des Fidéides 2018, remis par la Chambre de commerce et d’industrie de Québec. Spécialiste en télémétrie optique, l’entreprise a été fondée en 2007 par trois chercheurs issus de l’Institut national de l’optique (INO). La technologie brevetée Leddar utilise le système de détection LiDAR qui permet de localiser et mesurer les objets avec une grande précision dans un champ de vision donné.

En 2017, LeddarTech a complété une ronde de financement de 130 millions de dollars (M$), ce qui a fait passer son personnel de 30 à plus de 100 employés, et l’expansion se poursuit en 2018. L’entreprise est d’ailleurs en train d’agrandir ses bureaux pour une deuxième fois au siège social situé sur le boulevard Wilfrid-Hamel.

Le directeur des communications et du marketing chez LeddarTech, Marc Antoine Morin, estime que la croissance de son entreprise est soutenue par l’intérêt croissant de l’industrie automobile et des consommateurs pour les systèmes d’aide à la conduite. Les capteurs sont déjà utilisables pour diverses applications sur tous les types de véhicules, précise-t-il. « On a voulu développer une technologie LiDAR peu coûteuse », note M. Morin en rappelant que les premiers produits utilisant le LiDAR étaient très dispendieuses.

L’industrie s’attend à ce que les capteurs LiDAR de LeddarTech deviennent le segment le plus important de la détection automobile.

La technologie développée par l’entreprise permet d’installer les capteurs dans de très petits modules. Après une décennie d’activité, les quelques dizaines de milliers de modules ont déjà montré leur précision dans plus de 25 millions d’heures d’opération à l’extérieur. Les premiers clients ont été les exploitants de système de transport intelligent (ITS) qui facturent l’utilisation d’un tronçon routier en fonction de la masse du véhicule de l’utilisateur.

La nouvelle unité d’affaires chez LeddarTech est axée sur les systèmes d’aide à la conduite. L’entreprise offre sa technologie aux fabricants de groupes motopropulseurs dans le secteur de l’automobile. Ceux-ci utilisent le cœur de la technologie Leddar, implantée sur un simple circuit intégré. En analysant les données obtenues par le balayage à l’infrarouge, le système produit une image très claire et précise. « Ça élimine les interférences lorsqu’il y a de la pluie ou de la neige ou du brouillard », explique M. Morin.

Le degré de précision requis dans le camionnage n’est pas le même, précise-t-il. « C’est d’ailleurs pour cela que pour les véhicules autonomes, les premiers efforts seront mis sur les véhicules de transport en commun. Un autobus peut très bien être équipé avec nos capteurs, qui font de la détection jusqu’à 30 ou 40 mètres pour s’occuper des angles morts », ajoute M. Morin.

Les produits de LeddarTech touchent tous les secteurs du transport, incluant les drones. Le capteur LeddarOne est utilisé par la firme Dragonfly pour les besoins d’altimétrie du drone. Quand le drone revient au sol, il peut percevoir son environnement et se poser en toute sécurité.

Le radar de recul

Syscomak, firme établie à Terrebonne, est une compagnie sœur du groupe RaycoWylie. Cette firme a pris de l’expansion grâce au limiteur de portée sur les excavatrices dans l’industrie du terrassement. Par la suite, RaycoWylie a lancé des systèmes de pesage et de balance pour les chargeuses sur roues et les appareils de levage pour les grues.

À son retour dans l’entreprise en 2008, Claude Lambert a eu le mandat de reprendre les parts de marché perdues dans le domaine de l’excavation. La division Syscomak a été fondée en 2013 et s’occupe des équipements voués à l’excavation et à la machinerie lourde en général. M. Lambert, devenu directeur général de Syscomak, a élargi la gamme de produits en se procurant d’autres technologies ailleurs dans le monde, outre les ordinateurs de bord déjà fabriqués chez RaycoWylie.

Le radar de recul est l’un des produits les plus populaires chez Syscomak. Le produit est très abordable, s’installe rapidement et peut être adapté à tous les types de machinerie lourde. La priorité chez Syscomak est de centraliser tous les équipements d’aide à l’opérateur.

« Avec notre plateforme, on offre un écran qu’on ajoute à la cabine et qui permet de tout centraliser sur le même écran. On peut afficher les paramètres du moteur, la page des caméras, le signal du radar, la balance, c’est tout ça qu’on peut centraliser sur le même écran. La nouveauté, c’est que tout cela peut fonctionner sans fil. On peut faire de la collecte de données, du transfert des résultats vers le gestionnaire », explique M. Lambert.

Les plus jeunes opérateurs sont habitués de consulter un écran, comme ils le font dans leur vie courante avec les téléphones intelligents et les tablettes. Ils sont donc très à l’aise d’opérer leur équipement lourd à l’aide d’un écran, ajoute-t-il.

Camions autonomes

Dans une dépêche de La Presse canadienne du 31 janvier dernier, on apprenait que la société pétrolière Suncor met à l’essai depuis quatre ans des camions autonomes pour sillonner les mines de sables bitumineux en Alberta. Suncor songe à acquérir 150 camions autonomes pour exploiter son gisement North Steepbank, au nord de Fort McMurray, dans les six prochaines années.

Ces camions Komatsu d’une capacité de 400 tonnes transportent le minerai chargé de pétrole vers les installations où on s’occupe de récupérer les carburants. Suncor est déjà propriétaire de neuf véhicules de ce type. Selon son fabricant, les camions autonomes de Komatsu permettent de faire augmenter de 40 % la durée de vie des pneus, car le système de guidage réduit la quantité de freinages brusques et d’accélérations soudaines associées à la conduite de certains opérateurs de machinerie lourde.

Une centaine de camions semblables sont déjà utilisés un peu partout dans le monde, notamment à la mine de cuivre Codelco au Chili et au gisement de fer de Rio Tinto en Australie.

Par Alain Castonguay

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