Projet Corridors sur l’autoroute 10 – Limiter les collisions avec la grande faune

Préoccupé par la sécurité routière, Transports Québec collabore à un projet inusité en cours sur l’autoroute 10, qui relie Sherbrooke à la région métropolitaine en traversant les Cantons-de-l’Est. Mené par l’équipe de Corridor Appalachien, le projet consiste à étudier les zones de passage empruntées par les animaux afin de favoriser la connectivité des habitats situés de part et d’autre de l’autoroute.

Le projet Corridors est mené par Corridor Appalachien, un groupe environnementaliste dont la mission est de protéger les habitats fauniques dans la région des Montagnes Vertes. Il compte sur la collaboration de plusieurs partenaires, outre Transports Québec: le ministère de l’Environnement, du Développement durable et de la Lutte aux Changements climatiques (MDDELCC), le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs (MFFP), de même que plusieurs organismes liés à la conservation dans la région et les élus municipaux.

La directrice générale de Corridor Appalachien, Mélanie Lelièvre, raconte qu’elle participait à un colloque tenu à Québec en 2011, où des experts de Transports Québec présentaient le travail mené pour protéger la grande faune et augmenter la sécurité routière sur la route 175, entre Québec et Saguenay. Rapidement, Mme Lelièvre a réussi à convaincre des gens du Ministère à lancer un projet de recherche pour le secteur des Montagnes Vertes, littéralement coupé en deux par l’autoroute 10.

Une meilleure connectivité des habitats implique de revoir la conception des infrastructures routières, car les collisions sont nombreuses. Dans le parc national de Banff, en Alberta, Mme Lelièvre souligne que l’installation de structures de passage faunique a permis de réduire de 95 % le nombre de collisions. Le coût des collisions dépasse largement les coûts de construction de ponts, de tunnels ou de clôture, estime-t-on au Corridor appalachien. En moyenne, on évalue à 6 617 $ le coût d’une collision avec le cerf et peut atteindre 30 760 $ si un original est heurté.

La recherche

Un protocole d’identification a été rédigé, approuvé par tous les partenaires. Il pourra éventuellement servir dans d’autres régions où les collisions routières avec la grande faune sont fréquentes. Pour cibler les zones de corridors sur le terrain, l’équipe du projet a fait l’évaluation physique de chacune des infrastructures situées sous l’autoroute. Tous les ponceaux et les ponts ont ainsi été vérifiés et catégorisés: hauteur, largeur, présence de l’eau dans le ponceau, état du milieu naturel aux alentours (friche, forêt), aire de dégagement libre entre le niveau de l’eau et l’infrastructure, etc.

Le secteur étudié de la A-10 s’étend du kilomètre 68, à Granby, au kilomètre 143 à Sherbrooke. Cette première étape d’analyse a permis de cibler quatre secteurs plus critiques entre Bromont et Shefford: les monts Bromont et Shefford, le secteur de Stukely-Sud et Saint-Étienne-de-Bolton, Eastman et le secteur des monts Orford et Chagnon.

Les espèces fauniques ont besoin des habitats de chaque côté de l’autoroute.

Dès l’automne 2016, on a graduellement installé une trentaine de caméras à déclenchement automatique sous les structures routières. On vise ainsi à mieux connaître l’ampleur des déplacements et les espèces qui les empruntent. Quelques caméras ont été installées sur des routes secondaires, par exemple la route 245. À cet endroit, on cherche à maintenir certaines espèces de tortues.

En un an, près de 100 000 clichés ont été enregistrés, et un étudiant supervisé par les chercheurs universitaires associés au projet en a tiré les images les plus pertinentes. De cette analyse préliminaire, Mélanie Lelièvre souligne deux constats importants. Premièrement, la voie ferrée est l’un des corridors les plus empruntés par les diverses espèces fauniques. Autre élément étonnant: sur 1 500 photos où l’on distingue clairement un animal, aucune ne montre un orignal. Selon Mme Lelièvre, cela montre que l’orignal se retrouve sur l’autoroute faute de trouver un endroit où il peut passer sans risque.

Des données

La coordination avec la direction de l’environnement de Transports Québec, à Québec, permet à l’équipe du projet Corridors d’être informé des travaux de réfection prévus dans son territoire. On peut alors profiter du remplacement d’un ponceau en mauvais état pour revoir sa conception et ses dimensions. Des ponceaux particuliers ont été installés sur la route 410 à Sherbrooke afin de favoriser le passage de la petite faune sous la route.

Conseillère en communications à la direction régionale de l’Estrie au ministère des Transports, de la Mobilité durable et de l’Électrification des transports (MTMDET), Dominique Gosselin confirme la participation financière aux trois phases du projet Corridors, pour un montant total de 33 300 $ entre 2013 et 2016.

Les chiffres du Ministère diffèrent un peu de ceux du Corridor appalachien, car ils ne comptabilisent que les accidents ayant été rapportés aux corps policiers. Les patrouilleurs chargés de récupérer les carcasses animales en ont noté un plus grand nombre.

Par Alain Castonguay

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