Protectionnisme américain et situation économique – Des menaces à l’horizon, selon François Dupuis

Selon l’économiste François Dupuis, les tarifs douaniers imposés par l’administration Trump sur les importations d’acier et d’aluminium finiront par peser sur la santé de l’économie canadienne et québécoise.

François Dupuis, économiste et stratège en chef du Mouvement Desjardins, était l’un des experts invités par le Cercle finance du Québec, le 16 janvier dernier à l’hôtel Plaza Québec. Le Cercle tenait son évènement annuel, avec la collaboration de l’Association des économistes québécois (ASDEQ), pour présenter les prévisions économiques.

Le Mouvement Desjardins ne prévoit pas de récession imminente, mais les tarifs imposés par l’administration américaine commencent à peser sur le prix de certains produits, notamment les équipements de lessive et les métaux destinés à la production manufacturière. L’indice des prix à la consommation (IPC) en sera affecté, ajoute-t-il.

Les baisses d’impôt annoncées par l’administration Trump ont aggravé le déficit budgétaire du gouvernement américain. Le gouvernement américain devra émettre de nouvelles obligations pour financer sa dette, et celles-ci seraient en croissance de 20 % en un an, en atteignant près de 1 700 G$ US. En conséquence, il est peu prévisible que le taux préférentiel atteigne bientôt 3,5 % comme le prévoyait la Réserve fédérale américaine.

Au Canada

Les exportations nettes ont pris la relève en 2018 alors que les investissements des entreprises se maintenaient à un très lent rythme de croissance, ajoute M. Dupuis. En 2019, il est peu probable que cet élan se maintiendra, notamment à cause de la production pétrolière au ralenti. La croissance du PIB réel, qui avait atteint 3,0 % en 2017 et 2,1 % en 2018, sera de 1,8 % en 2019 et 1,7 % en 2020, prévoit le Mouvement Desjardins.

Avec le taux de chômage qui atteint un creux de 40 ans au pays, les économistes se retrouvent en zone inconnue. Le chômage à son taux le plus bas provoque généralement une hausse sensible de l’inflation. La courbe actuelle ne montre pas cette corrélation, mais si le taux de chômage baisse encore, l’inflation pourrait pointer vers le haut, estime-t-il.

Selon François Dupuis, l’impact des nouvelles technologies perturbatrices, qui bouleversent divers segments de l’économie, n’est pas encore bien mesuré par les statistiques officielles. Il estime même que ces innovations expliquent probablement le niveau peu élevé du taux d’inflation. « Ces changements ont des effets probables et importants sur le commerce, la productivité, le PIB et les prix », insiste-t-il.

Au Québec

L’économie du Québec comporte plusieurs éléments qui sont positifs, poursuit M. Dupuis. Les finances publiques sont en ordre et le gouvernement peut réduire le fardeau fiscal imposé aux contribuables et aux entreprises. Ces dernières ont recommencé à investir dans leur productivité en achetant plus d’équipements, et le volume des exportations est en hausse.

Comme c’est le cas au Canada, après une croissance de 2,8 % en 2017 (un sommet en 15 ans) et de 2,6 % en 2018, le PIB réel augmentera plus lentement en 2019, à 2,0 %, et en 2020, à 1,5 %. En conséquence, François Dupuis estime que le contexte économique restera favorable au pays jusqu’au 2e semestre de 2020. Le dollar canadien restera faible, malgré la montée très lente et graduelle du taux préférentiel. La volatilité des marchés financiers restera élevée.

Les perturbations des marchés énergétiques, notamment la baisse du prix payé pour le pétrole canadien, continueront de peser sur les revenus intérieurs des gouvernements. On a d’ailleurs noté un essoufflement de la demande intérieure depuis le premier trimestre de 2018 et elle se poursuivra en 2019.

La remontée graduelle des taux d’intérêt commence à peser sur les secteurs qui sont sensibles au crédit: véhicules automobiles, meubles, appareils électroniques et ménagers, etc., et les perspectives de croissance sont au mieux stagnantes. « Nous sommes rendus à la fin du boum économique dans le secteur résidentiel », indique François Dupuis.

La pénurie de main-d’œuvre est ressentie partout au pays, mais au Québec, elle est encore plus notable. Sur les 60 RMR Canada, dans le top 10 des régions où l’on note la plus forte hausse annuelle du nombre de postes vacants, sept se trouvent au Québec.

Les entreprises devront combler leur retard touchant les investissements et en matière de productivité. À cet égard, François Dupuis souligne le caractère positif des modifications fiscales apportées par Ottawa et Québec, qui ont harmonisé la mesure touchant l’amortissement accéléré.

François Dupuis juge que le gouvernement fédéral devra soumettre un plan de retour à l’équilibre budgétaire. Il rappelle que la bonne situation budgétaire du Québec permet au gouvernement provincial d’obtenir une prime d’environ 100 points de base lorsqu’il émet des obligations.

Par Alain Castonguay

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