Le Québec sur la voie de la diversification énergétique

Le journal hebdomadaire Les Affaires tenait la septième édition annuelle de son Sommet Énergie le 29 janvier dernier à l’Hôtel Château Champlain de Montréal. L’événement se déroulait à guichet fermé alors que des centaines de convives étaient présents malgré la tempête s’annonçant à l’extérieur, pour entendre ce qu’avaient à dire une douzaine d’orateurs qui se sont succédés au micro.

Pour l’animateur de la journée, Denis Leclerc, président et chef de la direction d’Écotech Québec, la grappe des technologies propres du Québec, la question de l’heure dans l’industrie de l’énergie au Québec est « Que faire avec les surplus énergétiques? » « Le GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) recommande de déployer les technologies existantes afin de maintenir la hausse de la température globale à 1.5˚C, mais il manque l’engagement politique pour y arriver », dit-il. « Il faut arriver à distinguer la météo du climat dans notre lutte contre le changement climatique. Il faut ensuite démontrer les bénéfices économiques des nouvelles technologies propres, mais au Québec on fait très peu de démonstration à cause de la disponibilité et du faible coût de l’énergie. »

Les objectifs sont clairs – réduire les émissions de GES d’ici 20 à 25 ans et augmenter l’apport des énergies renouvelables à 80% sur la même période. Pour y arriver, la collectivité québécoise devra accroître l’acceptabilité des nouvelles technologies de réduction des émissions de GES. « La pollution atmosphérique est le tueur numéro 1 sur la planète actuellement alors que le changement climatique est la première maladie du 21e siècle », poursuit Denis Leclerc.

Johanne Gélinas, présidente-directrice générale de Transition énergétique Québec (TEQ), les cibles que s’est données le Québec sont à la fois simples et ambitieuses :

  • Augmenter l’efficacité énergétique de 15%,
  • Diminuer l’utilisation de produits pétroliers de 40%,
  • Éliminer l’usage du charbon thermique,
  • Hausser de 25% l’utilisation d’énergies renouvelables.

« La mission de TEQ est de financer la transition énergétique en l’accélérant tout en contribuant à stimuler l’économie. Il faut que la transition soit rentable pour tous les acteurs, que ce soit pas l’octroi de subvention, de financement hors bilan, d’accompagnement technique ou de financement public/privé », explique-t-elle. « TEQ ne peut tout faire seul et c’est pour cette raison que nous mettons des programmes novateurs de l’avant avec l’aide de partenaires, que ce soit une approche avec impartition pour le Lac Mégantic ou encore un partenariat avec HEC Montréal et l’équipe de Pierre-Olivier Pineau pour la production du bilan énergétique État de l’énergie au Québec 2019. »

Un des principaux auteurs du document publié au mois de décembre dernier, Pierre-Olivier Pineau, titulaire de la Chaire de gestion du secteur de l’énergie à HEC Montréal, présentait les grandes lignes de l’état de la situation. Entre 1990 et 2017, le PIB (Produit intérieur brut) du Québec a augmenté de 42% pendant que la consommation énergétique connaissait une hausse de 15%. « Les changements technologiques comme les mégadonnées, l’intelligence artificielle et de nombreuses autres technologies propres sont accessibles, et pourtant nous avançons très lentement, sinon à reculons dans certains dossiers. Le bilan énergétique du Québec est inchangé depuis cinq ans. »

« La consommation par habitant au Québec est de quatre fois supérieure à celles de la Chine et deux fois plus qu’en Allemagne », explique Pineau. « Nous enregistrons des pertes énergétiques de l’ordre de 54%. Prenons les moteurs à combustion interne au diésel où 20% de la consommation sert à rouler et l’autre portion de 80% n’est autre chose que de la chaleur perdue. Il est clair que le secteur du transport n’amène aucune richesse à l’économie. Nous ne produisons que 2% de gaz naturel renouvelable (GNR) au Québec et 1% seulement de biodiésel. Les ventes de camions légers et de VUS sont à la hausse au Québec depuis 2016. Les québécois investissent dans le problème, dans des parcs qui consomment de plus en plus. Il se vend au Québec 250 000 VUS par année et seulement 30 000 véhicules électriques. »

La professeur Pineau est allée encore plus loin dans son exposé pour avancer que la société québécoise devrait investir dans un réseau ferroviaire électrique pour solutionner une grande partie de nos besoins de transport, tant du côté des passagers que des marchandises : «Même si le pétrole que nous utilisons provient aujourd’hui en grande majorité du Canada et des États-Unis, les québécois ne profitent pas vraiment de notre productivité énergétique. Le Canada s’est développé avec le train et je suis certains que si nous revenions à ce mode de transport viable, nous pourrions améliorer notre bilan énergétique. Je comprends que cela demanderait des investissements majeurs, mais à long terme je crois sincèrement que ce serait fort avantageux tant sur le plan environnemental qu’économique. »

« Hydro-Québec s’est construit sur l’audace d’ingénieurs et d’employés québécois depuis son lancement en 1944. Nous avons été les premiers au monde à construire une ligne de 735 000 volts. Toutes nos réussites sont beaucoup grâce à l’IREQ, notre institut de recherche. Hydro-Québec est la seule entreprise d’électricité en Amérique du Nord à posséder un centre de recherche de l’importance de l’IREQ », énonçait Éric Martel, président-directeur général d’Hydro-Québec, en traçant un bref historique de l’entreprise qu’il dirige en entrée de jeu pour sa présentation.

Hydro-Québec tire son épingle du jeu dans une industrie dont le modèle d’affaire n’a pas changé depuis plusieurs décennies. Mais c’est un modèle qui pourrait être porté à changer au cours des prochaines années. « Nous produisons 99% de notre énergie avec l’eau et nos tarifs sont les plus bas non seulement en Amérique du Nord mais aussi en Europe. C’est un modèle prévisible qui nous permet de signer des ententes à long terme. Nous étions de la partie à Paris pour le COP21 alors que les participants s’engageaient à maintenir les hausses de température à moins de 2%, mais la réalité est toute autre. Selon S&P Global Platts, la température augmente à un rythme de plus de 3˚C annuellement présentement. Il est donc primordial de trouver un moyen d’améliorer notre efficacité énergétique et de sensibiliser les québécois et les québécoises sur le plan personnel. »

En réponse à une question portant sur un récent article dans les médias à l’effet qu’Hydro-Québec pourrait facilement augmenter sa productivité, Éric Martel avait ceci à ajouter : « Je suis d’accord avec l’auteur, effectivement, nous possédons les installations pour améliorer notre productivité, mais toute augmentation de notre capacité de production doit reposer sur une hausse de nos exportations. Il faut tirer profit de la digitalisation. Il nous faut également diversifier notre production pour répondre à des besoins particuliers comme les 22 réseaux autonomes, non connectés au réseau central, sur notre territoire. C’est un énorme défi économique. »

Citant en exemple le projet d’installation d’un micro-réseau aux Îles-de-la-Madeleine, relié sous la mer au réseau central, qui éliminerait de faire appel à une centrale brûlant présentement 40 000 000 de litres de mazout annuellement, ou encore le projet Quagtag, où une combinaison de panneaux solaires et de batteries sera aménagée pour produits 20 kW d’électricité ou encore du micro-réseau intelligent et flexible comprenant 3 000 panneaux solaires au Lac Mégantic; Éric Martel a terminé sa présentation en parlant de TM$ Dana, de la création d’un centre d’excellence en électrification des transports et en stockage d’énergie, de l’IREQ et ses 500 employés, 1 100 brevets et des investissements en R&D de 130 M$, de la chimie verte et autres activités dans lesquelles Hydro-Québec est engagée.

Huile de pyrolytique, gaz naturel renouvelable, biométhanisation, chaîne de blocs et cryptomonnaie, politiques, outils et incitatifs suédois soutenant la chaîne de valeur sont autant de sujets qui ont été traités dans le cadre des autres présentations de ce septième Sommet Énergie du journal Les Affaires. Les participants ont pu s’apercevoir que du côté énergie, il s’en passe des choses au Québec mais que le chemin à parcourir est encore long pour atteindre les objectifs dans cette ère de lutte au changement climatique et d’amélioration de l’efficacité énergétique. L’atteinte des cibles passe sans contredit par la diversification énergétique.

Par Guy Hébert

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