Un rappel à la prudence et au professionnalisme

Les premières conclusions de la première enquête sur le dramatique accident qui a coûté la vie au camionneur Gilbert Prince en août dernier sur l’autoroute métropolitaine à Montréal sont maintenant connues. Tout semble indiquer, selon les enquêteurs de la CNESST, que c’est une défectuosité mécanique qui a provoqué l’arrêt d’urgence d’un camion et entrainé une réaction en chaîne et la collision entre le camion conduit par monsieur Prince et celui qui le précédait. La suite est bien connue : fuite de carburant, incendie, explosion et un décès qui aurait pu être évité.

Les normes de sécurité sont pourtant bien en place. Selon l’enquête de la CNESST, la défectuosité qui a provoqué ce désastre était pourtant connue de l’entreprise propriétaire du camion qui s’est arrêté brusquement. Il est possible, je dis bien possible car aucune preuve n’en a été faite, que le conducteur de ce camion connaissait lui aussi cette problématique. Bref, malgré tous les chiens de garde, malgré des règles et des normes de sécurité, tout indique qu’il s’agit ici d’une cause évitable.

Éviter ce genre de drame, c’est l’affaire de tous. Vous, moi, conducteurs professionnels de poids lourds, répartiteurs, mécaniciens, propriétaires de flotte, inspecteurs en vérification mécanique, tous. Nous avons tous un rôle à jouer pour faire en sorte que ce qui est évitable soit justement évité.

L’automne dernier, de nouvelles règles d’inspection quotidienne des véhicules lourds sont entrées en vigueur. On connaît tous les hauts cris que ces nouvelles règles ont entrainé chez une partie des gens de l’industrie. Quoi qu’il en soit, ces règles sont là pour une bonne raison : réduire les risques d’accident causé par un poids lourd, risques pour tous les usagers de la route, mais risques aussi pour les camionneurs qui sont souvent les premières victimes de ces accidents.

Et en début juin, l’ensemble des contrôleurs routiers nord-américains ont procédé au blitz d’inspection annuel, le Roadcheck 2017, avec une emphase sur les systèmes d’arrimage. Les résultats de ce blitz annuel ne sont pas encore connus, du moins pour le Québec. En Ontario, dans certaines régions, les résultats étaient tout bonnement alarmants.

L’an dernier, l’opération Roadcheck, à l’échelle nord-américaine, avait mené à la mise hors-service de 17,8% des véhicules inspectés, dont 13% de véhicules transportant des matières dangereuses. Vous me direz que c’est donc une forte majorité des véhicules qui étaient conformes. Mais si on regarde de plus près, les résultats sont néanmoins inquiétants. Pour l’ensemble des véhicules, les cinq points de défaillance les plus fréquents : l’ajustement des freins, le système de freinage, les pneus/roues, l’éclairage et l’arrimage de la cargaison. Et pour les camions transportant des matières dangereuses, plus de 26% des problèmes étaient liés au chargement et à l’arrimage.

Peu importe les résultats de l’enquête sur l’accident qui a coûté la vie à Gilbert Prince, une réflexion s’impose. Même si je sais pertinemment que la majorité des transporteurs et des chauffeurs font preuve d’une grande prudence, nous savons tous qu’il y a aussi ceux pour qui la sécurité n’est pas la principale préoccupation. J’ai trop souvent entendu des chauffeurs me raconter des histoires d’horreur sur la condition des camions ou remorques, sur le stress qui leur était imposé, sur l’impossibilité, même si la loi leur permet et les oblige, de refuser un voyage, un chargement.

La phrase sonne cliché, mais la sécurité est véritablement l’affaire de tous. En ce début d’été plutôt tardif, je me permets de vous le rappeler. Car je déteste perdre un lecteur ou une lectrice!

Bon été à tous, et soyez prudents!

Par Claude Boucher

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