Rapport de la CNESST sur l’accident mortel d’août 2016 – Plusieurs causes montrées du doigt

La CNESST a dévoilé le 21 juin son rapport sur les causes de l’accident qui a provoqué la mort du camionneur Gilbert Prince, le 9 août 2016 sur l’autoroute Métropolitaine, quand le camion qu’il conduisait a violemment frappé le camion immobilisé et que sa citerne chargée de carburant a pris feu et explosé.

Rappelons que la victime, Gilbert Prince, originaire de Sainte-Anne-des-Plaines, était un camionneur expérimenté âgé de 52 ans à l’emploi de Transport EGGR. L’accident, en plus d’entrainer la mort de Gilbert Prince et de blesser six personnes, a provoqué la fermeture de l’autoroute 40 qui traverse Montréal durant quelques jours et abîmé les édifices voisins, dont ceux de la tour du syndicat FTQ et de la Caisse Desjardins.

Les inspecteurs Simon Boily et Alain Lajoie, de la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail, ont déterminé quatre principales causes. En mentionnant qu’aucune n’était plus importante qu’une autre, on a retenu que le camion de M. Prince suivait de trop près celui de l’entreprise Givesco. Alors qu’une distance de 76,7 mètres était nécessaire pour immobiliser complètement un tel camion chargé roulant à quelque 70 kilomètres-heure, les experts ont déterminé qu’il n’était qu’à 31 mètres de distance. (La distance sécuritaire recommandée dans un tel cas par la SAAQ est de 136 mètres.) Sous la force de l’impact la sellette d’attelage s’est même rompue!

Deuxièmement le camion-citerne de Bombardier, qui s’est arrêté le premier dans la voie du centre de l’autoroute et provoqué l’arrêt complet des véhicules devant Gilbert Prince, n’en était pas à ses premiers problèmes. Le dispositif d’interverrouillage du rideau métallique en arrière duquel se trouvent des équipements de pompage avait fait défaut à plusieurs reprises durant les mois précédents. Quand ce dispositif détecte que la porte n’est pas entièrement fermée, le véhicule applique automatiquement les freins de stationnement. Un camion cube d’Interglobe a réussi à arrêter juste à l’arrière du Bombardier, mais la plateforme de Givesco a tenté sans succès de changer de voie, et c’est l’arrière de ce troisième camion immobilisé que celui d’EGGR a violemment embouti.

L’incendie qui s’est déclenché est considéré comme la seconde cause. La troisième est le déclenchement du dispositif d’interverrouillage qui actionne les freins. L’enquête a déterminé que le chauffeur avait bel et bien fermé cette porte avant de s’engager sur la route. Et, enfin, les experts ont déterminé que Bombardier n’a pas assuré le suivi adéquat des arrêts intempestifs survenus en 2016.

Les inspecteurs Simon Boily et Alain Lajoie expliquent les circonstances de l’accident qui a provoqué la mort du camionneur Gilbert Prince en août 2016.

Pannes et problèmes d’entretien

L’enquête a déterminé que le camion-citerne numéro 3452 de Bombardier, le premier à s’être immobilisé sur la 40 le 9 août, s’était déjà arrêté brutalement le 26 janvier 2016 sur la même autoroute. Le 29 janvier, soit trois jours plus tard, il avait à nouveau bloqué de façon intempestive à trois reprises. Et la même chose s’est reproduite le 11 mars suivant à sa sortie de l’usine! Il faut savoir que ce camion n’était pratiquement utilisé que sur le tarmac de l’aéroport, et ne quittait les lieux que lorsqu’il avait à recevoir une inspection ou un entretien mécanique, réalisés dans l’Est de la métropole.

Les experts ont reproduit les conditions de l’accident avec le camion-citerne : à deux reprises le dispositif de fermeture du rideau métallique a détecté son ouverture et a imposé l’arrêt d’urgence du véhicule. On s’est également aperçu qu’une fente d’à peine quatre millimètres était suffisante pour déclencher le dispositif et, qu’en plus, un boulon retenant le verrou pivotant n’était pas suffisamment serré sur le Bombardier 3452, ce qui provoquait avec les bosses de la chaussée le freinage accidentel. Toutes les conditions étaient réunies pour qu’un tel drame survienne.

La suite des événements

La CNESST a précisé qu’elle transmet les résultats de son enquête à toutes les autorités concernées, dont le comité pancanadien de révision de la norme CSA-B620 concernant les citernes routières et citernes amovibles. Josée Sauvage, directrice santé et sécurité, a également expliqué que la CNESST a un délai d’un an pour imposer d’éventuelles amendes et émettre un constat d’infraction. Ces amendes pourraient atteindre 65 000 dollars pour une première offense. Et pour ce qui est d’une éventuelle poursuite pénale, cela demeure la responsabilité de la Sûreté du Québec et du Directeur des poursuites criminelles et pénales, a-t-on répété poliment à quelques reprises. De son côté Bombardier a émis un communiqué, disant prendre la question très au sérieux, mais que des faits importants liés à la troisième et la quatrième causes sont incomplets.

Par Frédéric Laporte

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