Réactions mitigées pour le cours Conducteur averti pour le camionnage routier

Le cours Conducteur averti pour le camionnage routier (CACR) a été créé vers la fin des années 1990 pour appuyer le gouvernement dans la réalisation de ses objectifs de réduction des gaz à effet de serre (GES) pour le secteur du transport des marchandises. Depuis janvier dernier, cette formation a subi une refonte et est maintenant disponible en ligne. Bien que certains voient d’un bon œil les changements apportés, plusieurs se questionnent sur son impact véritable.

L’Association du camionnage du Québec (ACQ) croit que la possibilité de suivre ce cours en ligne est une grande avancée pour les conducteurs. « La disponibilité du personnel était un enjeu important. Maintenant, ils n’ont plus besoin de se déplacer. C’est plus proche de la réalité de l’industrie », explique Normand Bourque, ingénieur et coordonnateur des dossiers techniques et opérationnels à l’ACQ.  L’organisation voit donc d’un bon oeil cette refonte. « C’est une formation qui n’est pas obligatoire, mais qui était populaire. Selon nous, c’est extrêmement positif. Les entreprises demandaient à ce que cette formation soit adaptée à la réalité d’aujourd’hui. C’est un moyen supplémentaire de conscientiser le personnel qu’une meilleure conduite permet une réduction d’essence. C’est un enjeu autant environnemental qu’économique.»

Loin de la solution miracle

Jerri Southcott, conseillère en communications et relations avec les médias au ministère, explique que les camions lourds produisent 37 % des émissions de GES du secteur des transports. Selon les chiffres du ministère, des économies de carburant allant jusqu’à 35 % sont possibles si l’on utilise des équipements écoénergétiques et les pratiques de conduite enseignées dans Conducteur averti.

Serge Bergeron, conseiller spécial, recherche et développement de la flotte pour Transport Bourassa, émet des réserves quant à la réelle utilité d’une formation comme le CACR sur la réduction des GES. « On est loin de la solution miracle. Même si la formation est disponible sur Internet, je ne crois pas que cela va susciter l’enthousiasme des chauffeurs, surtout en raison du nombre d’heures qu’ils travaillent par semaine. Ajouter trois ou quatre heures de formation, c’est déjà beaucoup leur demander.»

Le cours Conducteur averti pour le camionnage routier (CACR) a pour but de promouvoir des pratiques exemplaires de gestion du carburant en investissant dans la création de modules de formation et de sensibilisation pour les transporteurs de tous les modes de transport, mais sa refonte ne fait pas l’unanimité.

Yves Provencher, directeur du développement des affaires et de marchés pour le groupe PIT, croit qu’il aurait été mieux de personnaliser la formation pour éviter la perte de temps. « On aurait pu mettre en place un autodiagnostic en 10 questions pour connaître le type de chauffeur. Si une personne ne conduit jamais en ville, cela ne sert à rien de donner de l’information en ce sens, ce n’est pas pertinent. Pourquoi une formation de trois heures, si elle peut durer 20 minutes.» Selon lui, cette formation est utile pour les gestionnaires et permettra de mieux aiguiller leur personnel. « En faisant toute la formation, eux pourront mieux cibler les besoins et voir quel module sera le plus utile pour tel ou tel type d’employés.» L’expert se questionne également sur le virage Internet. « La moyenne d’âge des chauffeurs est de 55 ans, je ne suis pas certain que ce soit la clientèle qui va s’intéresser à la formation virtuelle.»

Yves Provencher affirme que plusieurs éléments de la formation ne servent pas et auraient dû être supprimés du contenu. « On ne sent pas une grande refonte, certaines statistiques ne sont plus à jour et cela ne sert à rien de mentionner les spécifications des camions puisque les conducteurs ne peuvent rien y changer. Aujourd’hui, il y a beaucoup de choses que les chauffeurs ne contrôlent pas.»

Effets concrets ?

Dans le but de mesurer l’amélioration des connaissances et les changements de comportement chez les camionneurs à la suite de cette formation, Jerri Southcott explique que des questionnaires ont été intégrés aux formations en ligne et sur route. Aussi, des études de cas mettront l’accent sur la différence entre la consommation de carburant avant et après la formation.

Des efforts louables, mais qui sont l’équivalent d’un coup d’épée dans l’eau selon Serge Bergeron.  Ce dernier croit que la meilleure façon pour diminuer la consommation de carburant est de recourir à la technologie.« Ce cours ne donne pas grand chose puisque ce que l’on constate c’est que trois semaines après avoir suivi la formation, les gens reviennent à leurs mauvaises habitudes. Ce qui fait la différence, c’est ce qu’il y a l’intérieur des camions. Lorsque les employés n’ont pas le choix de suivre le logiciel du véhicule, la programmation des moteurs, les transmissions, la mise en place de boîte noire pour évaluer le comportement des chauffeurs sur la route, etc. ».

Un son de cloche que partage Yves Provencher. « Après deux jours, qu’est-ce que les gens vont avoir retenu ? » Selon lui, pour être vraiment utile, un cours de ce type doit être suivi de rétroaction après la formation, mais aussi dans les semaines qui suivent.

Par Julie Roy

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