Le recrutement à l’étranger – Des résultats positifs, malgré les embuches

Face à la pénurie de main-d’œuvre, plusieurs secteurs industriels se tournent vers le Programme des travailleurs étrangers temporaires pour combler leurs besoins. L’industrie du camionnage, que ce soit pour des chauffeurs ou encore des mécaniciens, ne fait pas exception. Et selon les témoignages que nous avons recueillis, l’expérience et les résultats sont des plus positifs.

Vous doutez des difficultés de recrutement de mécaniciens et soudeurs au Québec? Parlez-en à Karen Jeffrey, de Suspensions & Ressorts Michel Jeffrey à Québec.

« Il n’y en a plus de disponibles ici. Nous sommes affiliés avec des centres de formation professionnelle, on est dans un projet-pilote avec la Commission scolaire des Navigateurs pour l’alternance travail-étude depuis un an, on a des stagiaires. Mais des mécaniciens d’expérience, on n’en trouve pas. Nous avons placé des annonces qui circulent depuis plus d’un an. Et on n’arrive pas à recruter. »

En fin novembre 2018, Karen Jeffrey et son associé Stéphane Charbonneau ont participé à une mission de recrutement aux Philippines, organisée par Solution Recrutement International, une entreprise de Magog spécialisée dans le recrutement de travailleurs à l’étranger. Résultat des courses : l’entreprise d’entretien et de réparation de camions a embauché quatre mécaniciens et un soudeur, qui arriveront l’été prochain.

Solution Recrutement International s’est occupé de tout. Le service clé-en-main a grandement facilité le processus qui est complexe et intimidant.

« Ils sont très aidant », nous dit Karen Jeffrey. « Nous avons préparé une description d’emploi qu’ils ont envoyé là-bas. Des pré-tests ont été effectués sur place. Une fois que les Philippins appliquent sur les postes, ils nous envoient les CV. On fait une première sélection, pour savoir qui on veut rencontrer en entrevue. Ensuite, nous sommes allés aux Philippines du 30 novembre au 7 décembre, et nous avons fait 18 entrevues. On a retenu cinq personnes. »

L’expérience a été très enrichissante, nous dit Karen Jeffrey. Et elle a été surprise par la qualité des candidatures reçues.

« Dans mes candidats, j’ai un maître mécanicien Volvo, avec toutes ses certifications Volvo. J’ai un directeur de flotte qui avait 250 véhicules sous sa responsabilité. Ce n’est pas une moins bonne qualité de travailleurs. »

Karen Jeffrey est loin d’être la seule à recourir au recrutement à l’étranger. Chez Express Mondor, quatre mécaniciens des Philippines arriveront eux aussi l’été prochain et seront suivis par 10 camionneurs qui devraient arriver en fin d’année. Billy Mondor a lui aussi aimé l’expérience.

« Ce qu’on a le plus apprécié, c’est d’aller les rencontrer, leur parler et voir à quel point ils sont éduqués. C’est industrialisé, les Philippines. J’ai été bien surpris de la qualité des candidats. J’ai reçu en tout 52 CV pour quatre postes et on a eu de la difficulté à choisir, tellement ils étaient qualifiés. »

Richard Laberge de Transport Laberge a opté, lui, pour une autre filière : l’embauche en France. Appuyé par Recrutement & Conseil International, RCI, Transport Laberge est allé chercher huit chauffeurs et quatre mécaniciens chez nos cousins français. Il n’avait plus le choix, nous dit-il.

« La pénurie est réelle. Et on est dans le domaine du transport automobile et c’est un domaine très exigeant physiquement. Ça nous prend la crème des chauffeurs et surtout des jeunes entre 25 et 40 ans. C’est très difficile physiquement, alors on ne peut pas recruter auprès des pré-retraités. »

Les travailleurs embauchés par Transport Laberge sont au sein de l’entreprise depuis un an. Richard Laberge confirme que l’intégration s’est bien déroulée, à un tel point qu’il a entrepris d’autres démarches de recrutement à l’étranger, au Maroc et en Tunisie cette fois.

« C’est un gros investissement, mais dans l’avenir, on n’aura pas le choix. On manque de main-d’œuvre et ça n’ira pas en s’améliorant. Et les mécaniciens, ils n’en forment pas assez pour répondre aux besoins de l’industrie. »

Un processus complexe

Que ce soit chez Recrutement & Conseil International (RCI) ou chez Solution Recrutement International (SRI), les travailleurs sont recrutés et amenés au Canada par le biais du Programme des travailleurs étrangers temporaires. Ce programme fédéral permet l’embauche de travailleurs étrangers pour des postes où la pénurie est reconnue, ce qui est le cas pour les mécaniciens, soudeurs et pour les camionneurs. Les emplois sont offerts sur la base d’un contrat de travail à durée fixe, habituellement d’un à trois ans. Dans la majorité des cas, les travailleurs arrivent seuls même si pour certains pays, comme les pays européens avec lesquels le Canada a des ententes, la famille peut suivre.

Le processus administratif n’est pas simple, ce qui justifie amplement le recours à des entreprises comme RCI ou SRI.

« Il faut faire affaires avec des agences compétentes », nous dit Sylvain Vaillancourt, président de Solution Recrutement International. « Nous sommes structurés, nous avons un cabinet en droit de l’immigration à l’interne, le traitement des dossiers se fait facilement. C’est tellement important de combiner le recrutement et le côté légal de l’immigration. »

Yann Largerie, président de Recrutement & Conseil International, constate que la demande s’accentue du côté de l’industrie du camionnage et des industries connexes. Mais il déplore que malgré le fait que la pénurie de main-d’œuvre soit connue et reconnue, le processus d’immigration soit de plus en plus long.

« En 2017 et au début 2018, nous étions sur des retours d’immigration d’un peu plus de trois mois. Aujourd’hui, on parle plutôt de six à 9 mois. Ce n’est plus possible ! Ça pénalise l’industrie du transport. On va à l’international chercher de la main-d’œuvre pour répondre à la demande et le gouvernement n’arrange pas la situation parce que les délais sont énormes. »

L’organisme Ressources humaines Camionnage Canada a procédé l’an dernier, à la demande du gouvernement fédéral, à une étude sur les besoins des entreprises et sur les façons d’améliorer le Programme des travailleurs étrangers temporaires. La présidente de RH Camionnage Canada, Angela Splinter, confirme que les délais sont devenus trop long.

« Les employeurs paient pour ce programme. Ils s’attendent à un niveau de service adéquat. Nous aimerions que le gouvernement opte pour un modèle « d’employeur de confiance », qui viendrait accélérer le processus pour les entreprises qui ont démontré qu’elles respectent la loi, qu’elles traitent les travailleurs étrangers de façon équitable. Ces demandes devraient être traitées rapidement, avec un temps d’attente de moins de trois mois. Il faudrait aussi qu’il y ait plus de constance dans l’application des dossiers pour les demandes de résidence permanente. 

Car même si le programme parle de travailleurs temporaires, il est clair que l’objectif de tous, employeurs et travailleurs, est d’utiliser cette porte d’entrée pour une intégration permanente de ces employés. Pour Angela Splinter, malgré son nom, le programme doit viser une solution permanente.

« C’est ce que fait le programme de travailleurs temporaires. Il offre un chemin vers la résidence permanente. Ne changez pas le programme, changez le nom! », dit-elle.

L’intégration, la clé du succès

Pour Sylvain Vaillancourt de Solution Recrutement International, le premier pas pour les employeurs est d’admettre qu’ils n’ont plus le choix.

« Le grand défi, c’est d’accepter qu’ils sont rendus là. Beaucoup d’entreprises y pensent, mais repoussent cette réalité. Mais un moment donné, elles se rendent compte qu’elles n’ont plus le choix, si elles veulent survivre, avancer. »

Une fois cette décision prise, les démarches entreprises et le recrutement fait, il faut aussi préparer le terrain pour l’arrivée de ces nouveaux travailleurs venant de pays qui ont une culture différente de la nôtre. Et il faut avant tout s’assurer que l’équipe de l’entreprise soit prête à les accueillir.

« Au début, il y a eu une certaine crainte », nous confie Billy Mondor. « On a dû bien les informer, les sensibiliser. Mais là, les gars ont hâte de les recevoir. »

Chez Ressorts & Suspension Michel Jeffrey, la nouvelle de l’arrivée prochaine de travailleurs philippins a été bien reçue, nous dit Karen Jeffrey.

« Les gars ici sont sur-sollicités, et font beaucoup de temps supplémentaire depuis longtemps. Pour eux, c’est comme un soulagement de savoir qu’ils vont bientôt arriver. Ils sont contents. Ça va changer la dynamique un peu. Ils croient en ça, parce qu’ils voient bien qu’il n’y a pas de relève de toute façon. Ça a été accueilli de façon positive. »

Il faut aussi savoir que, contrairement à la croyance populaire, les travailleurs étrangers sont bien loin d’être du « cheap labour », qu’ils viennent d’Europe ou des Philippines.

Toutes les entreprises à qui nous avons parlé ont mis en place diverses mesures pour augmenter les chances de réussite de cette embauche à l’étranger : accueil et parrainage, cours de francisation, cours de mise à niveau des compétences, rien n’est négligé pour assurer le succès de la démarche.

« On va mettre en place un programme de parrainage pour l’intégration des travailleurs philippins », explique Billy Mondor. « Chaque nouveau venu va avoir un parrain pour l’aider dans l’entreprise, mais aussi dans la vie de tous les jours. »

Par Claude Boucher

Pour en savoir plus sur le Programme des travailleurs étrangers temporaires ou sur le processus de recrutement et d’embauche de travailleurs étrangers, vous pouvez consulter les sites suivants :

Ressources humaines camionnage Canada : https://truckinghr.com/fr

Immigration Canada : https://www.canada.ca/fr/immigration-refugies-citoyennete/organisation/publications-guides/fiche-renseignements-programme-travailleurs-etrangers-temporaires.html

Recrutement et Conseil International : www.rcinternational.ca

Solution Recrutement International : www.recrutementinternational.ca

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