Trouble de stress post-traumatique – Agir rapidement pour venir en aide aux camionneurs

Personne n’est à l’abri d’un trouble de stress post-traumatique. Pas même les camionneurs. Si les victimes sont prises en charge dans les heures suivant l’évènement tragique, les risques sont considérablement réduits. C’est la raison pour laquelle Kareen Lapointe et son conjoint Patrick Forgues, lui-même victime d’un trouble de stress post-traumatique, ont mis sur pied l’organisme SSPT chez les camionneurs (syndrome de stress post-traumatique) pour permettre à ceux-ci de ventiler leurs émotions le plus rapidement possible et au besoin de rencontrer un psychoéducateur dans le cadre d’une thérapie.

Le 2 février 2013, Patrick Forgues complète sa journée de livraison sur la route reliant Québec à Berthier. Soudainement, sur l’accotement, un automobiliste ouvre sa portière et se jette tête première devant le camion. Patrick Forgues est rapidement pris en charge par la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST) et son employeur.

« Il a été bien traité. Mais à la maison, il devenait colérique et avait commencé à boire, ce qu’il n’avait jamais fait autrefois. Son objectif était de recommencer à travailler au plus vite », explique sa conjointe Kareen Lapointe.

De retour au travail, les problèmes ont commencé à se multiplier. Impossible pour lui de conduire sur les autoroutes. Son stress était trop élevé, au point même qu’il ne se rappelle plus de ses deux dernières semaines de travail.

« Il s’est toujours exposé à son évènement en revivant très intensément son accident. Son traumatisme n’était pas du tout soigné et il a travaillé ainsi pendant deux mois avant de cesser définitivement », ajoute Kareen Lapointe.

Qu’est-ce que le trouble de stress post-traumatique ?

Selon le Dr Alain Brunet, professeur agrégé en psychiatrie à l’Université McGill et chercheur à l’Institut Douglas, il s’agit d’un évènement qui confronte la victime avec sa propre mort ou celle des autres. Dans les minutes et les heures qui suivent, il y a ce qu’on appelle le choc nerveux.

« Les gens peuvent trembler, avoir le cœur qui bat vite, éprouver un grand stress. Certaines personnes peuvent même être en état de dissociation et en déni. Dans les jours suivant la tragédie, des cauchemars, des images et des pensées intrusives peuvent surgir. Les victimes ont parfois le réflexe de faire de l’évitement, ce qui les place dans un état de vigilance, d’irritabilité et confronté à des troubles de sommeil. »

À son avis, si les difficultés persistent pendant plusieurs semaines, un diagnostic de syndrome de stress post-traumatique (SSPT) est alors posé.

Conséquences et solutions

Patrick Forgues et Kareen Lapointe, fondateurs de SSPT chez les camionneurs. Crédit photo: SSPT

Ce qu’aurait souhaité Kareen Lapointe, c’est de l’information sur ce trouble.

« J’aurais aimé obtenir un dépliant pour m’expliquer comment gérer ça à la maison. À la CNESST, il n’y avait rien à ce sujet. Pourtant, je ne dois pas être la seule à vivre ça au Québec. Grâce à l’effet du nombre engendré par la mise sur pied de l’organisme, nous allons être probablement capables de faire changer les choses. Les dommages collatéraux sont élevés pour la famille et les proches et très souvent des couples se séparent. La dynamique familiale n’est plus ce qu’elle était. »

Depuis un an, la réputation du SSPT chez les camionneurs gagne du terrain. L’organisme travaille actuellement avec une équipe de psychoéducateurs pour élaborer un protocole à suivre après un accident impliquant un chauffeur de camion.

« C’est notre gros cheval de bataille. Il est important que les conducteurs réussissent à mettre des mots sur les émotions qu’ils ont vécues dans les heures suivant l’évènement. Nous pouvons les aider à ventiler leurs émotions, ce que les chauffeurs ne feront pas nécessairement avec leur conjointe ou leurs collègues de travail. »

Selon le SSPT chez les camionneurs, le simple fait de ventiler les émotions peut permettre jusqu’à 90 % des victimes de ne pas développer le syndrome.

« Une semaine après l’évènement, nous assurons un suivi auprès du chauffeur, pour nous assurer que tout va bien, qu’il dort normalement. Si tel n’est pas le cas, notre équipe de psychoéducateurs spécialisés établit un lien entre la victime et la CNESST pour ouvrir un dossier. De plus, notre mission vise à éduquer les employeurs pour les sensibiliser à cette cause. »

Le SSPT chez les camionneurs rencontre en moyenne deux chauffeurs victimes d’un accident par semaine, dont l’un nécessite l’ouverture d’un dossier.

Par Bernard Gauthier

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