D’ici le printemps 2020 – Quatre ports de plus seront transférés au Québec

Le 8 août dernier, le gouvernement du Canada a annoncé le transfert de quatre installations portuaires sous juridiction fédérale au gouvernement du Québec. L’entente de principe établit que le transfert aura lieu le 30 mars 2020. Les ports de Matane, de Gaspé, de Rimouski et de Gros-Cacouna seront ainsi sous la juridiction du gouvernement provincial.

Le transfert comprend les quais commerciaux, les bâtiments et les aires d’entreposage, de même que des brise-lames aux ports de Matane et de Gros-Cacouna, ainsi qu’un quai éperon au port de Rimouski. Le gouvernement fédéral fournira 163 millions de dollars (M$) pour les quatre ports, incluant une subvention à verser à la province pour soutenir les coûts futurs d’exploitation et d’entretien des ports. Le reste des sommes est représenté par des dépenses déjà prévues par Transports Canada d’ici le moment où le transfert sera complété.

Depuis 1995, le gouvernement fédéral a ainsi transféré la propriété et l’exploitation de plus de 500 installations portuaires partout au Canada. En avril 2015, la création du Programme de transfert des installations portuaires visait à faciliter la cession des 50 installations portuaires restantes. De son côté, le gouvernement du Québec a lancé la Stratégie maritime en 2015, qui présentait sa vision à l’horizon de 2030 tout en incluant un premier plan d’action pour la période 2015-2020.

Le 16 juin 2017, le gouvernement du Québec avait fait connaître la liste des ports pour lesquels il souhaitait entamer des négociations dans le cadre du Programme de transfert des installations portuaires. L’objectif avoué était de « consolider le réseau portuaire commercial stratégique ainsi que ses zones industrialo-portuaires ».

Les discussions concernant le port de Baie-Comeau se poursuivent. De plus, des négociations continuent en vue de la reprise des installations de Percé, qui sont la propriété de Pêches et Océans Canada.

À Matane

Le maire de Matane, Jérôme Landry, s’est réjoui de cette annonce, car la municipalité a grandement besoin d’améliorer ses installations portuaires, indique-t-il. « Pour nous, l’annonce du 8 août dernier est d’une importance capitale, parce que l’on travaille sur ce dossier depuis septembre 2014, on a développé une stratégie maritime propre à la Ville de Matane », dit-il.

La municipalité ne voulait pas hériter des installations sans que le gouvernement fédéral s’engage à investir dans leur remise en état. « Maintenant que le gouvernement du Québec a pu obtenir des sommes d’argent nécessaires pour la mise à niveau (…), pour nous, c’est une excellente nouvelle », ajoute le maire Landry.

Parmi les problèmes à régler, il y a la capacité portante du quai. Autrefois, lorsqu’il était en bon état, on pouvait y transborder des charges très lourdes, et aussi installer des grues de fort gabarit pour effectuer ce mouvement de marchandises. « La capacité portante a été diminuée de presque la moitié », précise M. Landry. Or, depuis une dizaine d’années, les bateaux qui passent sur le fleuve sont de plus en plus gros.

La municipalité a été informée que des équipes travaillent déjà à préparer les plans et devis et à valider les données qui concernent les besoins des usagers du port, afin de lancer les travaux le plus rapidement possible. « Ça devrait être d’ici 2020, le temps de réaliser les plans et de lancer les appels d’offres. Les travaux devraient se faire en 2020 », dit-il.

À la mi-août, le manque d’espace au quai de Matane a causé des problèmes à une entreprise locale. La firme Construction CEG a dû utiliser une barge pour charger deux maisons qui devaient être livrées par brise-glace à Grise Fjiord, au Nuvavut. La livraison ne pouvait attendre, car le chargement était attendu par la communauté la plus septentrionale de l’Amérique du Nord, et le brise-glace a une marge de manœuvre limitée pour s’y rendre.

Le bateau du transporteur Spliethoff avait pris place au quai pour y attendre une cargaison de pâte feuillue fabriquée à l’usine matanaise de Raynonier Advanced Materials (RYAM, autrefois Tembec). L’usine de Matane, qui est le plus gros client du port, ne voyait aucun problème à accommoder l’entrepreneur, mais le propriétaire du bateau n’a jamais rappelé Construction CEG. « Dans un port, la loi maritime veut que le premier arrivé soit le premier servi », raconte Jérôme Landry.

À Matane, on fonde beaucoup d’espoir sur le projet de zone industrialo-portuaire (ZIP), qui permettra de rapprocher la communauté des gestionnaires de l’infrastructure maritime. « On veut avoir une gestion plus efficiente, mais aussi avoir une équipe pour développer les activités maritimes, trouver de nouveaux marchés, pour que nos industriels puissent avoir de meilleurs prix, mais aussi avoir accès à de nouveaux produits qui pourront être livrés directement à Matane », indique Jérome Landry. Le plan de développement de la ZIP sera connu d’ici la fin de l’automne.

Le manque d’espace pour entreposer les cargaisons au port est un autre problème qu’on veut régler à Matane. Les expéditeurs doivent utiliser le parc industriel pour y entreposer leur chargement. Traverser la route 132 pour se rendre au port représente une logistique plus complexe, et pour les chargements hors normes, le transport nocturne ou durant les jours fériés exige un permis spécial.

À Rimouski

À Rimouski, le maire Marc Parent était accompagné de Martin Beaulieu, directeur général de la Société de promotion économique de Rimouski (SOPER), qui gère le projet de création de la zone industrialo-portuaire (ZIP). M. Parent est très heureux de la cession des infrastructures portuaires au gouvernement du Québec. « C’est vraiment un outil de plus dans le coffre », dit-il.

La veille de notre entretien, à la réunion du conseil municipal, les élus de Rimouski avaient adopté une modification au zonage pour favoriser l’agrandissement du parc industriel sur des terrains voisins du port. La résolution visait aussi à inclure dans cette zone les entreprises spécialisées dans les technologies maritimes. « On veut que Rimouski se démarque sur le plan de la recherche scientifique, avec le parc industriel qui est adjacent au port de Rimouski. On veut remembrer l’accès entre ce parc et le port », note le maire Parent.

Les bateaux de très grand gabarit n’ont pas accès au port de Rimouski, mais on peut quand même y accueillir, dans le créneau des bateaux voués à la R&D, à peu près tout ce qui se fait en ce domaine, précise le maire. Par exemple, le navire Coriolis, rattaché à l’UQAR, ne pouvait utiliser Rimouski comme port d’attache parce que les installations sont trop désuètes. « L’annonce des réinvestissements massifs pour redonner une nouvelle vie au port de Rimouski, c’est vraiment bienvenu pour nous », insiste le maire de Rimouski.

Selon les premiers contacts menés avec Transports Québec, qui deviendra responsable du port, les sommes promises par Ottawa « devraient suffire à satisfaire les besoins. Nous sommes confiants à cet égard. (…) Je peux vous assurer que l’enveloppe pour le port de Rimouski est très substantielle », ajoute-t-il.

Toujours le 8 août, le gouvernement fédéral a fait une autre annonce touchant la marina de Rimouski, située du côté est du port, laquelle était sous la responsabilité de Pêches et Océans Canada. La marina sera aussi rétrocédée à la municipalité. Ottawa a promis d’investir plusieurs millions de dollars pour allonger la jetée du côté est de la marina, avant la cession. « On pourra avoir, tant à la marina qu’au port, une offre de services intéressante pour tous les types de navire », poursuit Marc Parent.

La marina est d’ailleurs largement utilisée par les chercheurs de l’Institut Maurice-Lamontagne, qui ont de plus petits bateaux. « À la marina aussi, on avait des problèmes lorsqu’on vivait une tempête avec de bons vents du nord-est, ce qui rendait plus difficile la sécurité et le maintien des embarcations dans le bassin de la marina », explique Marc Parent.

Martin Beaulieu souligne que les deux tiers du travail d’élaboration du plan de développement de la ZIP sont déjà réalisés. « Le rapport maître, qui est la niche de notre ZIP, est finalisé. Le rapport qui ciblait les besoins tant au plan industriel que portuaires, c’est en cours chez nous. Notre enjeu était le manque d’espace disponible, nos terrains étaient tous occupés. La municipalité a agi de façon rapide pour en libérer plus de 20, pour les besoins générés par la création de la ZIP. C’est en cours et les terrains seront offerts à la vente d’ici quelques semaines », indique M. Beaulieu.

Les partenaires de la ZIP verront le plan en septembre, et le gouvernement provincial fera les arbitrages pour s’assurer que chaque port a sa niche propre et ne fait pas concurrence aux autres. « Ça évite ainsi de perdre des opportunités pour l’ensemble du Québec. Si on gagne un projet à Rimouski, ça ne veut pas dire que les autres villes sont perdantes. Ça devrait améliorer notre taux de rétention des projets au plan global », note Martin Beaulieu.

Le SOPER veut créer un campus d’innovation à Rimouski pour le secteur maritime, où les jeunes pousses (startups) auront un lieu d’accueil près de l’université et des centres de recherche, et lorsqu’elles seront arrivées à maturité, elles pourront ensuite s’installer dans le parc industriel. Marc Parent conclut: « Ce sont d’excellentes nouvelles, c’était attendu de longue date. Les investissements fédéraux dans le port remontaient à plusieurs dizaines d’années. On est très heureux par rapport à cela. »

Un peu plus long pour Baie-Comeau

Le port de Baie-Comeau n’a pas été inclus dans la cession annoncée le 8 août 2018. Pour le président de la Corporation de gestion du port de Baie-Comeau, Marc Lefebvre, il n’y a rien là d’inquiétant. Il était d’ailleurs présent lors de l’annonce faite à Matane et il a entendu les propos rassurants du gouvernement du Québec concernant l’entente à venir touchant le port de Baie-Comeau.

Selon M. Lefebvre, il était prévisible depuis au moins deux ans que le transfert des autres ports allait être fait plus rapidement que pour celui de Baie-Comeau. La communauté de la Manicouagan réclame ce transfert depuis bien longtemps. La MRC de Manicouagan, la municipalité de Baie-Comeau et la communauté innue de Pessamit ont créé la Corporation de gestion, laquelle négocie le transfert auprès d’Ottawa. Le gouvernement du Québec accompagne la démarche, mais ce dossier est mené de manière distincte, car le cas de Baie-Comeau est plus compliqué.

« Dans la région de la Manicouagan, on s’est doté il y a une dizaine d’années d’un plan de développement en plusieurs points, et tout cela tourne autour des installations portuaires. La ville existe grâce au port, sinon la compagnie papetière, l’aluminerie, Cargill, le traversier rail, etc., tout cela ne serait pas ici. L’économie de la région est basée sur le port. Si on veut continuer à croître, il faut pouvoir tirer les ficelles de cet important outil de développement économique, et c’est ce qu’on avait décidé de faire », explique Marc Lefebvre.

Le programme de cession des ports fédéraux en est à sa troisième version. Avant d’accepter le transfert du port, la communauté Baie-Comeau avait besoin de garanties. « Cela aurait pu être fait depuis plusieurs années, on aurait pu l’acheter pour un dollar. Sauf que nous aurions aussi acheté plusieurs dizaines de millions de dollars de troubles », dit-il.

Le programme actuel prévoit que le gouvernement fédéral doit remettre les ports en bon état avant la cession au repreneur. La Corporation a commandé des études indépendantes, avec la collaboration d’Ottawa, pour évaluer l’état des infrastructures. L’ensemble des études, qui ont coûté 1,2 million de dollars en contrats divers, permettra de déterminer le montant des investissements requis, et le dossier sera remis au gouvernement fédéral à la mi-septembre. « Après cela, on embarque dans la négociation. Tout cela devrait prendre quatre ou cinq mois. On pense que d’ici à l’automne 2019, tout devrait être réglé. C’est notre vœu », affirme M. Lefebvre.

La Corporation fait affaire avec la firme d’ingénierie-conseil WSP pour mener les différentes études sur l’état des infrastructures portuaires. « On s’est demandé au début de l’été si nous allions pousser pour que ça se règle pour le début de l’automne 2018. On savait déjà alors que les autres ports, ça allait se régler plus rapidement avec le fédéral. On n’a pas voulu tourner les coins ronds », dit-il.

Le dossier est plus compliqué parce que le port de Baie-Comeau est beaucoup plus important, au plan industriel. Il transite plus de marchandises à Baie-Comeau que dans les quatre autres ports ensemble, environ trois fois plus, selon lui. Il n’y a pas si longtemps, on trouvait encore une vingtaine de réservoirs à essence de cinq compagnies pétrolières différentes. « C’est tout le temps plus compliqué qu’on pense, notamment à cause de l’environnement. (…) Il y a tout le temps des surprises », note M. Lefebvre.

Au port de Baie-Comeau, il passe quelque cinq millions de tonnes par année. « Ce n’est pas beaucoup comparativement à un port de cette taille, mais il faut se rappeler qu’il passe ici très peu de vrac. C’est surtout un port de marchandises, surtout du papier et de l’aluminium, et ce qui sort en vrac, c’est le grain. Il se compare avantageusement en terme d’importance à ceux de Trois-Rivières et de Saguenay », dit-il.

« Le gouvernement fédéral veut céder le port, nous voulons l’acquérir, le provincial veut qu’on l’achète aussi. Alors, ça va se régler à un moment donné au niveau politique, parce qu’on parle de montants très importants. C’est pour cela que je ne peux présumer de rien. Mais je peux vous dire que la volonté des parties est pour que ça se fasse », conclut Marc Lefebvre.

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