Éditorial – L’amour du camion se perd

Le manque d’attractivité du métier de chauffeur n’est pas une nouveauté en soi. Au dire de certains experts, l’industrie du transport routier fait face à la pire crise de son histoire. Les chiffres dévoilés l’automne dernier démontrent d’ailleurs que les entreprises œuvrant dans le secteur devront recruter au moins 50 000 nouveaux conducteurs d’ici 2020.

Paradoxalement, mais tristement, les centres de formation croulent sous les demandes des transporteurs, mais les candidats, eux, se font rares.

Nous avons déjà connu des problèmes de recrutement, mais jamais de cette ampleur. Le secteur paie cher son déficit d’attractivité, qui risque fort de se répercuter sur son activité et ses prix. Des acteurs de l’industrie soutiennent que la pénurie s’explique notamment par les stéréotypes associés au métier de chauffeur routier (la pression, les responsabilités accrues, la géolocalisation des véhicules, etc.). Peu importe les raisons évoquées, il paraît de plus en plus évident qu’il faut s’y intéresser pour que cesse l’hémorragie.

L’industrie doit réfléchir, innover

Une méconnaissance du métier de chauffeur, qui a grandement évolué au cours des 20 ou 30 dernières années, peut également expliquer cette situation. J’ai eu le grand privilège de rencontrer de nombreux jeunes, des jeunes motivés par le métier, qui étaient pourtant très conscients des sacrifices que peut demander le travail. Ces rencontres m’ont permis aussi de mieux cerner l’importance de détruire la vieille image qui ternit l’image de l’industrie.

Il n’existe évidemment aucune solution toute faite à ce problème, et, plus que jamais, les entreprises essaient de s’en sortir mieux que sa voisine pour demeurer dans la course sur un marché de plus en plus compétitif.

Clairement, l’industrie devra réfléchir, innover sur de nouvelles approches à préconiser pour attirer le talent, surtout dans un contexte de plein-emploi comme celui que connaît le Québec. Elle doit entre autres faciliter, à court terme, les recrutements et, à moyen terme, aider à redresser l’attractivité du secteur. Elle est nécessaire : les chauffeurs en activité ont en moyenne plus de 50 ans et les départs à la retraite devraient se multiplier dans les années à venir.

Le partage des connaissances, un bénéfice

La collaboration entre les entreprises peut apporter de l’eau au moulin, de la réflexion sur les différents savoir-faire permettant de se faire une opinion objective lors de la prise de décision. La réutilisation des connaissances à disposition permet de fonder sa décision sur des expériences réelles, des retours d’expériences et les connaissances d’un grand nombre d’experts et de spécialistes.

Somme toute, l’industrie doit ultimement se regarder dans le miroir et évaluer les pistes de solutions à mettre en place. Elle a une nette avantage, par rapport à d’autres secteurs, de connaître ses forces et ses faiblesses. Elle compte aussi sur une richesse inestimable : ses nombreuses entreprises.

C’est en travaillant main dans la main que nous serons en mesure de développer la fierté d’appartenir à cette industrie qu’est le camionnage.

Par Michel Lemelin, vice-président Groupe Pageau

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