Kassandra Bilodeau, peintre de camions – L’expertise développée par la passion et le travail

Kassandra Bilodeau n’est pas grande en taille, ni très expérimentée en âge, mais elle montre déjà une belle assurance et elle sait où elle s’en va. Ses compétences en peinture de camions ont rapidement été reconnues dans la région de Chaudière-Appalaches.

Nous l’avons rencontrée à son travail, au garage Transport Steevy, exploité par son associé Christian Nadeau dans le parc industriel de Saint-Patrice-de-Beaurivage, dans la MRC de Lotbinière. Kassandra réside à Saint-Bernard, municipalité voisine au nord-est de Saint-Patrice. Elle a suivi sa formation au Centre intégré de mécanique industrielle (CIMIC), à Saint-Georges-de-Beauce, où elle a obtenu son diplôme en décembre 2013.

Dès l’âge de 10 ans, elle exprimait la voix haute sa volonté d’être un jour propriétaire d’un garage. Elle a travaillé durant l’été avec son père mécanicien à Sainte-Agathe-de-Lotbinière, un peu à l’ouest. « La carrosserie est venue de ma passion pour les voitures, surtout les voitures antiques. Je dirais aussi à cause des travaux que je faisais avec mon père quand j’étais plus jeune. Les moments que je passais avec lui, c’était au garage », raconte-t-elle.

« J’ai eu des emplois d’été au garage, mais je me suis dit que ça n’était pas pour moi. J’aime beaucoup le côté artistique, la peinture, le dessin. Alors, j’ai pensé à la carrosserie, et me voilà », dit-elle.

Soulignons qu’elle était la seule femme dans sa cohorte de diplômés en 2013. Il y en a un peu plus maintenant, un peu grâce à elle. Kassandra a été sollicitée pour se promener dans les écoles de la région où elle a parlé de son parcours « olympique ». « C’est un élément que je veux prolonger avec Skills Canada et Compétences Québec, on veut prendre d’anciens concurrents et faire la promotion des diplômes d’études professionnelles et des métiers, et aussi de la compétition aux olympiades, à travers le Québec et le Canada », précise-t-elle.

Parcours olympique

Kassandra s’est fait connaître en 2014 lors de sa participation aux 13e Olympiades des métiers professionnels. Au CIMIC, elle avait fini en deuxième position, nous raconte Claude Labonté, mais le candidat en première position s’est désisté de la participation aux olympiades provinciales. M. Labonté, qui enseigne lui aussi au CIMIC, est l’expert qui prépare les compétitions en peinture automobile tant au niveau québécois que canadien.

En mai 2014 à Québec, Kassandra a ainsi gagné la médaille d’or dans la catégorie peinture automobile. Elle avait eu l’aide de l’enseignant Stéphane Cloutier. Claude Labonté l’a aidée à se préparer pour les 20e Olympiades canadiennes. Quelques semaines plus tard à Toronto, elle remportait la médaille de bronze dans la même catégorie.

Assez rapidement, Claude Labonté l’a poussée à poser sa candidature pour représenter le Canada au Mondial des métiers, qui se tenait à Sao Paulo au printemps 2015. « Kassandra est une fille très déterminée, elle voit loin en avant. C’est une passionnée de son métier et elle veut toujours se dépasser. Sa grande qualité est son souci du détail », indique-t-il.

Dès l’automne 2014, elle a commencé à s’entraîner sérieusement. Elle a même quitté son emploi à Saint-Patrice pour augmenter le volume d’heures d’entraînement. « Pour être honnête, la compétition a changé ma vie, et aussi ma perception de la vie. Sur tout, en fait. J’ai évolué là-dedans, j’ai grandi avec cela, ça m’a fait vieillir, ça a tout changé », dit-elle.

« La compétition, cela a été deux ans d’entraînement intensif, et au début, c’était pour les olympiades du Québec, puis celles du Canada. Et à partir du moment où j’ai été choisie pour aller représenter le Canada à la compétition mondiale, ça a été une année d’entraînement de plus. J’ai dû mettre de côté les amis, la famille, mon monde. Je m’entraînais tout le temps, sept jours par semaine », raconte-t-elle.

La peinture est un travail de précision, et la compétition tient aussi compte du temps pris à réaliser le travail demandé. « Tout est dans la précision des techniques de travail, la façon de gérer son temps, la propreté du travail, comment on utilise les bonnes procédures selon les fiches techniques du produit, etc. », dit-elle.

« Ça a été de belles années, j’ai beaucoup appris, j’assimilais de l’information en provenance de partout, j’ai pu aller suivre des cours un peu partout au Canada et ailleurs dans le monde. C’était gros », insiste-t-elle.

Le design n’était pas son cours préféré au CIMIC, alors elle a dû travailler pour arriver à produire des dessins complexes sur les véhicules. Prévost Car, à Sainte-Claire, l’a commanditée, ce qui lui a permis d’utiliser un local où elle pouvait s’entraîner. « Aujourd’hui, je fais de la peinture sur des camions, alors si des gens veulent des “stripes”, je peux leur en faire, je me suis entraînée pendant un an pour ça », dit-elle en souriant.

Claude Labonté a aussi fait le voyage au Brésil, mais il n’a pas assisté à la compétition, dont l’ampleur était impressionnante. « Il y avait une vingtaine de chambres de peinture, le site est énorme. » C’était sa première participation aux Mondiaux, et l’expérience a été aussi très bonne pour lui.

Un premier camion

Après un mois au Brésil à l’été 2015, Kassandra a été approchée par son employeur qui désirait toujours lui offrir du boulot. Après une semaine, elle a accepté d’y retourner en le prévenant qu’elle voulait se ramasser de l’argent pour partir en voyage en Europe. C’est ce qu’elle fera au printemps 2016. Entretemps, un client qui participait au Concours de tir et d’accélération au festival des camionneurs de Saint-Joseph lui a demandé de peinturer son camion.

Alors qu’elle était partie travailler au Nouveau-Brunswick au début de 2016, un autre client l’approche pour faire la peinture de son camion. Elle en parle à Christian Nadeau, et ce dernier lui dit: « Kass, j’ai des plus gros projets pour toi. On n’a pas juste ce camion-là à faire. Il m’explique ce qu’il a en tête, faire de la restauration de camions lourds. »

Kassandra repousse l’offre, puisqu’elle avait déjà acheté ses billets pour l’Europe, où elle séjournera durant trois mois. À son retour, elle ne se sentait pas encore prête à se lancer, et songeait même à partir un an en Australie. Kassandra est déchirée, car travailler dans un garage était quand même son rêve de jeune fille.

« Le camionnage, ce sont des gens passionnés », dit-elle, tout comme l’étaient les propriétaires de voitures antiques qui étaient clients de son père. « C’est comme s’ils te laissent leur bébé pendant un mois pour que tu en prennes soin, et ils veulent que tu y fasses attention », dit-elle.

Christian Nadeau a été tenace. Cet ancien camionneur désirait lancer son garage de mécanique de camions. « J’ai trouvé ma peintre, et c’est toi. Tant que tu ne seras pas là, je ferai autre chose », lui a-t-il indiqué.

Joint au téléphone, Christian Nadeau ajoute: « Elle est à jour dans son domaine, elle connait son affaire, les nouvelles techniques. C’est elle dont j’avais besoin », dit-il, en ajoutant que leur association est toujours aussi harmonieuse.

Depuis décembre 2016, Kassandra travaille avec Christian Nadeau. Elle lui loue l’espace pour préparer les camions. Elle est allée se perfectionner en peinture de camions à Montréal.

Kassandra ne sait pas pendant combien d’années leur association durera. Elle a 23 ans, M. Nadeau en a 56. « C’est un peu son projet de retraite, à Christian. Il y a tellement de choses qui peuvent changer. Je veux continuer à faire ce que je fais là, mais je ne pourrai pas continuer à le faire toute seule », dit-elle.

Travail exigeant

Le jour de notre entretien à Saint-Patrice, elle avait mal au dos et cherchait à obtenir un traitement chez le chiropraticien. Son travail est exigeant physiquement, il faut travailler avec les bras en l’air. « Le corps a ses limites et si je travaille trop, j’en paie le prix. Je dois apprendre à écouter mon corps », dit-elle.

Il y a beaucoup de travail en hiver et surtout au début du printemps, durant la période de dégel. Les camionneurs, forcés de réduire les charges, décident souvent de profiter de cette saison au ralenti pour faire entretenir leur matériel. « Quand on a ouvert le garage, les premiers mois, on finissait durant la nuit, et on rouvrait à 8h. C’est très dur physiquement. Ça fait partie des affaires, quand tu as un commerce, mais il faut apprendre à se calmer, à écouter son corps. Je dois tout le temps me dire d’en prendre moins sur mes épaules », précise-t-elle.

« Le camion, j’adore ça, ce sont de beaux projets, c’est le fun, mais c’est difficile de penser à faire cela toute sa vie. Un jour, j’aimerais peut-être enseigner. J’essaierai alors de transmettre ma passion et mon savoir », ajoute-t-elle.

Par Alain Castonguay

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